À bord du vol Rome-Paris, le Pape répond aux questions sur l’intelligence artificielle, la crise migratoire à Ceuta, les réseaux sociaux et son bonheur personnel. « Dieu est grand, même lorsque le poids de l’Église se fait sentir. »
« Bonjour à tous ! Bonjour ! Good morning ! » C’est par un salut dans les trois langues qui accompagneront son cinquième voyage apostolique que le pape Léon XIV a accueilli les quatre-vingts journalistes venus de dix pays qui l’accompagnent en France. Fidèle à la tradition des vols pontificaux, le Saint-Père a parcouru l’allée de l’Airbus d’ITA Airways pour saluer personnellement les reporters, recevoir quelques présents et répondre avec spontanéité aux questions sur l’actualité comme sur sa vie personnelle.
Avant même les échanges, Léon XIV a voulu expliquer le sens profond de son déplacement.
« Avant tout, je vais en France, comme partout ailleurs dans le monde, en disciple de Jésus-Christ pour annoncer la paix, la paix du Christ dans le monde entier. C’est un message qui, comme nous le savons tous, est particulièrement important en ce moment. »
Une déclaration qui résume déjà le fil conducteur de ces quatre journées entre Paris, Lourdes, Metz et l’UNESCO, au cœur d’une Europe marquée par les guerres et les tensions internationales.
L’intelligence artificielle : « Qu’elle ne remplace pas l’humanité »
L’un des premiers sujets abordés a été celui de l’intelligence artificielle. Un journaliste a évoqué la récente décision de plusieurs géants de la technologie de ralentir le développement de certains systèmes, lui demandant avec humour : « Ont-ils commencé à lire votre encyclique ? »
Le Pape a souri avant de répondre : « Notre Commission vaticane est en contact avec de nombreux responsables du monde de l’IA et nous poursuivons le dialogue que, je l’espère, mon encyclique a contribué à ouvrir. »
Puis il a précisé la perspective du Saint-Siège : « Je pense que beaucoup d’entre eux sont disposés à chercher des moyens pour que l’intelligence artificielle ne supplante ni ne détruise l’humanité, mais qu’elle soit un instrument au service des êtres humains. Des choses positives commencent à voir le jour. »
Pour Léon XIV, le véritable défi n’est donc pas d’arrêter le progrès technologique, mais de l’orienter vers le bien de la personne.
Ceuta : « Une véritable crise humanitaire »
La conversation s’est ensuite tournée vers la crise migratoire qui a frappé Ceuta ces derniers mois. Répondant aux journalistes espagnols, le Pape a expliqué avoir suivi les événements « dès le premier jour ».
« C’est une crise qui trouve son origine dans des causes très diverses. Il faut comprendre comment y répondre afin d’éviter que ce type d’urgence ne se reproduise. » Puis il a ajouté avec gravité : « Cela a été une véritable crise humanitaire. »
Le Pontife a ainsi rappelé que les migrations doivent être abordées non seulement comme une question de sécurité, mais aussi à partir des causes profondes qui poussent tant de personnes à quitter leur terre.
Liberté de la presse et droit à l’information
Un moment particulièrement significatif est intervenu lorsque Léon XIV a salué Christopher Lamb, correspondant de CNN. En arrière-plan figurait la récente décision de l’administration américaine de restreindre l’accès de certains médias à la Maison-Blanche.
Sans entrer dans la polémique, le Pape a affirmé un principe clair : « Je suis très heureux que vous soyez tous ici, et je pense qu’une bonne couverture médiatique est nécessaire, qu’elle est très importante partout et pour tous. » Des paroles qui résonnent comme un hommage au travail des journalistes et à l’importance d’une information libre et responsable.
« Sainteté, êtes-vous heureux ? »
Parmi les questions les plus personnelles, la vaticaniste Franca Giansoldati lui a demandé: « Sainteté, êtes-vous une personne heureuse ? »
Le Pape n’a pas hésité : « Oui, je le suis. Je suis heureux. Malgré les difficultés, je trouve mon réconfort dans la foi… ». Puis, avec humour, il a ajouté : « Mais pourquoi me trouvez-vous triste ? » À la relance de la journaliste – « Le poids de l’Église se fait-il sentir ? » – Léon XIV a répondu en souriant : « Parfois un peu plus… mais Dieu est grand ! » Une réponse simple et profondément humaine, révélatrice de la sérénité avec laquelle il vit son ministère.
Réseaux sociaux et rencontre directe
Au fil des salutations, le Pape a également partagé une réflexion sur la communication contemporaine. Évoquant les réseaux sociaux avec plusieurs journalistes, il a souligné que la politique et les institutions devaient retrouver le chemin de la rencontre directe avec les personnes, sans confier exclusivement le dialogue public aux plateformes numériques.
Une conviction pleinement cohérente avec son appel constant à une « culture de la rencontre ». Le français, Duolingo et le basket de Villanova
Le voyage a aussi offert quelques instants de légèreté. À la question de savoir s’il s’exerçait au français grâce à l’application Duolingo, le Pape a éclaté de rire : « Un peu !… Non, non, je ne l’utilise plus. C’est une fake news ! »
Autre échange amusant avec un journaliste américain au sujet du traditionnel match de basket entre les universités de Villanova et de Notre Dame, prévu à Rome. Ancien étudiant de Villanova, Léon XIV a répondu avec malice : « On m’a dit que 90 % des supporters viendraient de Villanova et seulement 10 % de Notre Dame. La voix du peuple de Dieu sera donc très forte du côté de Villanova ! »
Des cadeaux chargés de mémoire et d’espérance
Au cours de son passage dans la cabine, le Pape a reçu plusieurs présents d’une grande portée symbolique. Le quotidien français La Croix lui a offert Cher Pape Léon, un ouvrage rassemblant 340 lettres de catholiques français. On y trouve des préoccupations sur la guerre, le climat, l’intelligence artificielle, la Palestine, la polarisation politique ou encore le chemin de l’Église, mais aussi de nombreux témoignages de foi retrouvée.
Du Venezuela est arrivé Cartas para el Papa, un livre réunissant 74 récits de survivants du séisme du 24 juin, accompagnés des photographies bouleversantes de Miguel Gutiérrez. La journaliste vénézuélienne Lola Gómez l’a présenté comme « un pont » destiné à faire parvenir au Saint-Père la souffrance et l’espérance de son peuple. Enfin, la journaliste espagnole Eva Fernández a remis au Pape une croix réalisée avec du bois de chêne récupéré après les incendies dévastateurs de l’été dernier. À l’intérieur de la croix, un petit médaillon contient des fragments de bois calciné recueillis près de la chapelle Notre-Dame de la Nueva, miraculeusement épargnée par les flammes.
En contemplant ce cadeau, Léon XIV a déclaré : « Face aux catastrophes naturelles, nous devons faire preuve de responsabilité et prendre soin de notre maison commune. » Avant d’ajouter que, devant de telles tragédies, la première réponse du chrétien demeure toujours la prière.
Ainsi s’est ouvert le voyage apostolique en France : dans une atmosphère à la fois simple et profonde, où le Pape s’est présenté non comme un chef d’État, mais comme un pèlerin venu porter un message de paix, de dialogue et d’espérance à une Europe en quête de réconciliation.
Letizia Lucarelli



