Le pape Léon XIV est rentré de Guinée équatoriale. Il a confié aux journalistes avoir sur lui la photo d’un petit Libanais tué par l’armée israélienne (IDF). Et concernant les attaques américaines, il a déclaré : « Il faut respecter le droit international. Il est très important que les innocents soient protégés, ce qui n’a pas été le cas dans plusieurs endroits »

« Je porte sur moi la photo d’un enfant musulman qui, lors de ma visite au Liban, attendait là avec une pancarte disant “Bienvenue Pape Léon”, puis il a été tué dans cette dernière partie de la guerre. Il y a tant de situations humaines et je pense que nous devons avoir la capacité de penser ainsi. En tant qu’Église – je le dis à nouveau – en tant que pasteur, je ne peux pas être en faveur de la guerre. Et je voudrais encourager tout le monde à faire des efforts pour chercher des réponses qui viennent d’une culture de paix et non de haine et de division ». C’est ce qu’a déclaré le pape Léon XIV dans l’avion qui le ramenait à Rome ce soir depuis la Guinée équatoriale. Voici le texte de la conversation avec les journalistes telle que diffusée par Vatican News.

Ignazio Ingrao (Tg1)

Sainteté, merci pour ce voyage riche en rencontres, en histoires et en visages. Lors du meeting pour la paix à Bamenda, au Cameroun, vous avez décrit un monde à l’envers, où une poignée de tyrans risque de détruire la planète. La paix, avez-vous dit, ne doit pas être inventée mais accueillie. Les négociations pour le conflit en Iran sont dans le chaos avec de lourds effets sur l’économie mondiale. Souhaitez-vous un changement de régime en Iran, étant donné que la société civile et les étudiants sont également descendus dans la rue ces derniers mois et qu’il y a de l’inquiétude dans le monde face à la course à l’atome ? Quel appel adressez-vous aux États-Unis, à l’Iran et à Israël pour sortir de l’impasse et stopper l’escalade ? L’OTAN et l’Europe devraient-elles être davantage impliquées ?

Je voudrais commencer par dire qu’il faut promouvoir une nouvelle attitude et une culture de la paix. Bien souvent, lorsque nous évaluons certaines situations, la réponse immédiate est qu’il faut entrer par la violence, par la guerre, en attaquant. Ce que nous avons vu, c’est que beaucoup d’innocents sont morts. Je viens de voir la lettre de certaines familles d’enfants morts le premier jour de l’attaque. Ils parlent du fait qu’ils ont désormais perdu leurs fils, leurs filles, les enfants qui sont morts dans cette (attaque). La question n’est pas de savoir si le régime change ou ne change pas, la question est de savoir comment promouvoir les valeurs auxquelles nous croyons sans la mort de tant d’innocents. La question de l’Iran est évidemment très complexe. Les négociations elles-mêmes, un jour l’Iran dit oui et les États-Unis disent non et vice-versa, et nous ne savons pas où cela mène. Cette situation chaotique et critique pour l’économie mondiale a été créée, mais il y a aussi toute une population en Iran d’innocents qui souffrent de cette guerre. Donc, sur le changement de régime, oui ou non : il n’est pas clair quel régime est en place en ce moment, après les premiers jours des attaques d’Israël et des États-Unis contre l’Iran. Je voudrais plutôt encourager la poursuite du dialogue pour la paix, que les parties cherchent à mettre tous leurs efforts pour promouvoir la paix, éloigner la menace de la guerre et respecter le droit international. Il est très important que les innocents soient protégés, ce qui n’a pas été le cas dans plusieurs endroits.

Eva Fernández (Radio Cope)

Nous quittons un continent où beaucoup de personnes souhaitent, rêvent, de voyager en Europe. Votre prochain voyage sera en Espagne, où la question migratoire occupe une place importante, surtout aux Canaries. Vous savez que le thème de l’immigration en Espagne suscite un grand débat et une polarisation, et que même chez les catholiques, il n’y a pas de position claire. Que pourrons-nous dire aux Espagnols et en particulier aux catholiques à propos de l’immigration ? Ensuite, si vous me permettez : le prochain voyage sera en Espagne, mais nous savons que vous avez le désir, l’intention de voyager au Pérou et peut-être en Argentine et en Uruguay, mais aimeriez-vous aussi saluer la Vierge de Guadalupe ?

Le thème de l’immigration est très complexe et touche de nombreux pays, pas seulement l’Espagne, pas seulement l’Europe, les États-Unis, c’est un phénomène mondial ! Donc ma réponse commence par une question : que fait le Nord du monde pour aider le Sud du monde ou ces pays où les jeunes ne trouvent aujourd’hui aucun avenir et vivent donc ce rêve de vouloir aller vers le Nord ? Tout le monde veut aller vers le Nord, mais bien souvent le Nord n’a pas de réponses sur la manière de leur offrir des possibilités. Beaucoup souffrent… Le thème du trafic d’êtres humains, le « trafficking », fait aussi partie de la migration. Personnellement, je crois qu’un État a le droit de poser des règles à ses frontières. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, créant parfois dans les lieux où ils vont des situations plus injustes que celles qu’ils ont laissées. Mais, cela dit, je me demande : que faisons-nous dans les pays les plus riches pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? Pourquoi ne pouvons-nous pas chercher, tant par des aides d’État que par les investissements des grandes entreprises riches, des multinationales, à changer la situation dans des pays comme ceux que nous avons visités lors de ce voyage ? L’Afrique, pour beaucoup, est considérée comme un lieu où l’on peut aller chercher des minerais, prendre ses richesses pour la richesse d’autres personnes, dans d’autres pays. Peut-être qu’au niveau mondial, nous devrions travailler davantage pour promouvoir plus de justice, d’égalité et le développement de ces pays d’Afrique pour qu’ils n’aient pas la nécessité d’émigrer dans d’autres pays, en Espagne, etc. Et l’autre point que je voudrais aborder est que, dans tous les cas, ce sont des êtres humains et nous devons traiter les êtres humains de manière humaine, ne pas les traiter souvent pire que des animaux. Il y a un très grand défi : un pays peut dire qu’il ne peut pas recevoir plus que cela, mais quand les personnes arrivent, ce sont des êtres humains et elles méritent le respect dû à chaque être humain pour sa dignité.

Et les prochains voyages ?

J’ai un grand désir de visiter divers pays d’Amérique latine. Pour l’instant, ce n’est pas confirmé, nous verrons. Attendons.

Arthur Herlin (Paris Match)

Saint-Père, nous vous remercions infiniment pour ce voyage extraordinaire. C’était merveilleux. Au cours de ce voyage, vous avez rencontré certains des leaders les plus autoritaires du monde. Comment faites-vous pour éviter que votre présence donne une autorité morale à ces régimes ? Ne s’agit-il pas, pour ainsi dire, d’un « blanchiment d’image » grâce au Pape ?

Certes, la présence d’un Pape avec n’importe quel chef d’État peut être interprétée de différentes manières. Elle peut être interprétée – et elle l’a été par certains – comme si le Pape ou l’Église disaient qu’il est bon de vivre de cette manière. D’autres peuvent dire des choses différentes. Je voudrais revenir à ce que j’ai dit dans mes remarques initiales sur l’importance de comprendre le but principal des voyages que je fais, que le Pape accomplit : visiter les personnes. Et sur la grande valeur que le Saint-Siège continue d’accorder, parfois avec de grands sacrifices, au maintien de relations diplomatiques avec les pays du monde entier. Et parfois, nous avons des relations diplomatiques avec des pays qui ont des leaders autoritaires. Nous avons l’opportunité de parler avec eux au niveau diplomatique, au niveau formel. Nous ne faisons pas toujours de grandes proclamations de critique, de jugement ou de condamnation. Mais il y a énormément de travail qui se fait en coulisses pour promouvoir la justice, pour promouvoir des causes humanitaires, pour chercher, parfois, des situations où il y a des prisonniers politiques et trouver un moyen de les faire libérer. Des situations de faim, de maladie, etc. Donc, le Saint-Siège, en maintenant une neutralité et en cherchant des moyens de poursuivre une relation diplomatique positive avec tant de pays différents, essaie en réalité d’appliquer l’Évangile aux situations concrètes afin que la vie des personnes puisse s’améliorer. Les personnes interpréteront le reste comme elles le voudront, mais je crois qu’il est important pour nous de chercher la meilleure manière possible pour aider le peuple de n’importe quel pays.

Verena Stefanie Schälter (ARD Rundfunk)

Saint-Père, félicitations pour votre premier voyage papal dans le Sud du monde. Nous avons vu beaucoup d’enthousiasme et aussi, je dirais, d’euphorie. J’imagine que cela a été très émouvant pour vous aussi. Je voudrais savoir comment vous évaluez la décision du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising, d’accorder la permission de bénir les couples de même sexe dans son diocèse. Et à la lumière des différentes perspectives culturelles et théologiques, surtout en Afrique, comment comptez-vous préserver l’unité de l’Église universelle sur cette question ?

Tout d’abord, je crois qu’il est très important de comprendre que l’unité ou la division de l’Église ne devrait pas tourner autour de questions sexuelles. Nous avons tendance à penser que lorsque l’Église parle de morale, le seul thème moral est celui sexuel. En réalité, je crois qu’il y a des questions beaucoup plus grandes et importantes, comme la justice, l’égalité, la liberté des hommes et des femmes, la liberté religieuse, qui devraient avoir la priorité sur cette question particulière. Le Saint-Siège a déjà parlé avec les évêques allemands. Le Saint-Siège a clarifié que nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples – dans ce cas des couples homosexuels, comme vous l’avez demandé – ou de couples dans des situations irrégulières, au-delà de ce qui est spécifiquement permis par le Pape François en disant que toutes les personnes reçoivent la bénédiction. Lorsqu’un prêtre donne la bénédiction à la fin de la Messe, lorsque le Pape donne la bénédiction à la fin d’une grande célébration comme celle que nous avons eue aujourd’hui, il y a des bénédictions pour toutes les personnes. La célèbre expression du Pape François « tous, tous, tous », exprime la conviction de l’Église que tous sont accueillis, tous sont invités, tous sont invités à suivre Jésus et tous sont invités à chercher la conversion dans leur propre vie. Aller au-delà de cela aujourd’hui, je crois que cela pourrait causer plus de désunion que d’unité, et que nous devrions chercher à construire notre unité sur Jésus-Christ et sur ce que Jésus-Christ enseigne. C’est ma réponse à cette question.

Anneliese Taggart (Newsmax TV)

Saint-Père, lors de ce voyage, vous avez parlé de la façon dont les personnes ont faim et soif de justice. Ce matin même, il a été rapporté que l’Iran a exécuté un énième membre de l’opposition, et cela se produit alors que le régime a pendu publiquement beaucoup d’autres personnes et assassiné des milliers de ses propres citoyens. Condamnez-vous ces actions ? Avez-vous un message pour le régime iranien ?

Je condamne toutes les actions injustes. Je condamne le meurtre de personnes. Je condamne la peine de mort. Je crois que la vie humaine doit être respectée et que la vie de toutes les personnes — de la conception à la mort naturelle — doit être respectée et protégée. Donc, lorsqu’un régime, lorsqu’un pays prend des décisions qui enlèvent injustement la vie à d’autres personnes, c’est évidemment quelque chose qui doit être condamné.