Léon XIV à Lourdes : « Qu’aucun algorithme ne décide de la vie d’un embryon ou d’une personne âgée » (Letizia Lucarelli)

À Lourdes, au cœur d’un lieu consacré à l’accueil des malades, des personnes âgées et des personnes handicapées, Léon XIV a réaffirmé avec force la valeur de la vie humaine et de l’accompagnement. Lors de sa rencontre avec les professionnels et les personnes accueillies à l’Accueil Notre-Dame, le Pape a présenté la dignité de la personne comme le critère fondamental auquel doivent se référer la médecine, la recherche et les soins.

L’Accueil Notre-Dame, inauguré en 1997 et situé face à la grotte de Massabielle, est une structure sanitaire vécue comme une grande maison familiale. Environ cinquante salariés, des religieux et religieuses, parmi lesquels les Sœurs de la Charité de Nevers, les Frères Camilliens et les Sœurs salésiennes de l’Immaculée Conception, ainsi que des centaines de bénévoles de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, y œuvrent. Des malades et des personnes âgées venus en pèlerinage au Sanctuaire y trouvent hébergement et assistance.

C’est précisément depuis ce lieu, où la fragilité devient chaque jour une expérience de fraternité, que Léon XIV a adressé un appel aux professionnels de santé. « Ici à Lourdes, ville des malades et de l’espérance, j’invite toute la communauté des professionnels de santé à se rappeler le sens profond de leur vocation : prendre soin d’une personne qui souffre, et non l’éliminer », a déclaré le Pape. Puis il a lancé cette exhortation : « Soyez des serviteurs passionnés de la vie ! »

La dignité de la personne ne se mesure pas

Le Pape a tout d’abord invité à développer les soins palliatifs et la recherche et, dans le même temps, à ne jamais perdre la dimension humaine de l’accompagnement. « En soignant les corps, vous soignez aussi les âmes », a-t-il affirmé, en remerciant les médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales et bénévoles qui se consacrent chaque jour aux malades.

Selon Léon XIV, à une époque où « certaines sociétés tendent à détourner le regard ou à fermer les yeux face à la dignité de la vie humaine », il est nécessaire de retrouver ce qu’il a appelé un « regard contemplatif ».

C’est le regard, a-t-il expliqué, « de celui qui voit la vie dans sa profondeur », en reconnaissant en elle « la gratuité, la beauté, l’appel à la liberté et à la responsabilité ». Ce n’est pas un regard qui prétend posséder la réalité, mais un regard capable de l’accueillir comme un don et de reconnaître en chaque personne « son image vivante ».

En faisant référence à l’Evangelium vitae de saint Jean-Paul II, Léon XIV a insisté sur la nécessité de voir dans le visage de l’autre « un appel à la rencontre, au dialogue, à la solidarité, afin que le monde ait la vie ».

La dignité, a-t-il affirmé avec netteté, ne dépend ni des conditions personnelles, ni de l’âge, ni de l’état de santé. « La personne humaine est en effet “digne” du simple fait d’exister et d’avoir pour fin l’éternité. Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas. »

« Une fausse compassion face à la souffrance »

Le discours du Pape a également abordé la situation des personnes atteintes de maladies graves et confrontées à des douleurs particulièrement intenses. Léon XIV a reconnu que, pour certains patients, « l’horizon peut paraître sombre, incertain, sans issue », mais il a réaffirmé que même la souffrance ne peut remettre en cause la valeur de la personne.

« Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité », a-t-il déclaré en s’adressant directement aux malades.

Il a ainsi dénoncé ce qu’il a appelé une « fausse compassion » lorsqu’elle devient une justification de la suppression de la vie. « C’est précisément au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine – a-t-il souligné – que la tentation d’ôter la vie sous prétexte d’une fausse compassion doit être fermement rejetée. »

Et il a ajouté : « Il est impossible de considérer comme normal le fait d’ôter la vie. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

La limite des algorithmes et le rôle de la médecine

Le passage consacré à la technologie et à l’intelligence artificielle appliquée à la médecine a été particulièrement fort. Léon XIV a mis en garde contre le risque que des décisions concernant la vie des personnes soient confiées à des critères exclusivement techniques.

« Personne n’a jamais le droit, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie d’un embryon donné ou d’une personne âgée donnée ! », a affirmé le Pape, reprenant une réflexion déjà développée au cours des derniers mois à la Fondation Jérôme Lejeune.

Depuis Lourdes, le Souverain Pontife a ainsi rappelé à la médecine sa vocation première : soigner, accompagner, soulager la souffrance et protéger la dignité de la personne. « La médecine ne pourra jamais se mettre au service d’une mort programmée ! », a-t-il martelé.

La référence aux algorithmes inscrit ainsi la question de la dignité humaine dans le débat sur les nouvelles technologies. Pour Léon XIV, le progrès scientifique ne peut remplacer la responsabilité humaine lorsque sont en jeu des personnes concrètes et des décisions concernant la vie.

« Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité »

Après les paroles adressées aux professionnels de santé, le Pape a tenu à s’adresser directement aux malades avec une affection particulière.

« Chers frères et sœurs malades, je tiens à vous dire ceci : vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église », a déclaré Léon XIV.

Le Pape a assuré de sa prière ceux qui traversent des épreuves douloureuses et a élargi sa pensée à tous ceux qui n’ont pas pu être présents à Lourdes.

« Ma pensée va à tous ceux qui ne peuvent pas être ici et qui, depuis leur maison ou leur chambre d’hôpital, sont unis à notre rencontre », a-t-il conclu.

À Lourdes, Léon XIV a ainsi placé au centre de son message la personne fragile, rappelant que c’est précisément face à la maladie, à la vieillesse et au handicap qu’une société mesure sa capacité à être véritablement humaine. Les soins, l’accompagnement et la proximité deviennent ainsi non seulement des actes médicaux, mais aussi des formes concrètes de respect et de fraternité.

Et dans une structure qui vit quotidiennement cette expérience, le Pape a confié aux professionnels de santé une responsabilité précise : être aux côtés de la vie surtout lorsqu’elle est la plus vulnérable, afin qu’aucune personne ne puisse se sentir seule, inutile ou considérée comme un poids.

 

 

Letizia Lucarelli