Pape Léon XIV: des peuples entiers meurent à cause de la cupidité de certains, écrasés par les guerres et les exploitations. L’homélie pour le Jubilé des catéchistes. Newman sera Docteur de l’Église (S.C.)

La tradition chrétienne a souvent considéré la richesse comme un don à mettre au service des autres. Et c’est certainement un aspect du capitalisme, mais la critique marxiste a au contraire souligné sa signification négative, en tant que fruit presque toujours d’injustices au détriment des autres et pratiquement toujours cause de guerres et de violences. Le Pape Léon a choisi la lecture négative du capitalisme, ce matin, 28 septembre, devant 50 000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour le Jubilé des catéchistes. Un avertissement sévère, le sien, qui ne s’est pas arrêté à la dénonciation individuelle, mais a élargi son regard à l’actualité, là où « des peuples entiers meurent devant la cupidité », écrasés par les guerres et les exploitations.

« L’opulence est un fléau qui annule l’individu parce qu’il se perd lui-même, en oubliant son prochain », a expliqué Léon XIV en s’inspirant de l’Évangile de Lazare et du riche sans nom : deux figures opposées, l’indigent couvert de plaies et l’homme rassasié de biens qui se gave sans se soucier de celui qui gît à sa porte. « Dieu – a-t-il expliqué – regarde le cœur de l’homme : Lazare est oublié par les hommes, mais le Seigneur connaît son nom ; le riche, en revanche, est sans nom, parce qu’il s’est perdu lui-même, dispersé parmi les choses et vide d’amour ».

Le Pape a dénoncé l’actualité brûlante de ce contraste : « Aux portes de l’opulence se tient aujourd’hui la misère de peuples entiers. Les siècles passent, et rien ne change. Combien de Lazare meurent devant le profit qui piétine la charité, devant la richesse aveugle à la douleur des pauvres ».

Mais Léon XIV ne s’est pas arrêté à la condamnation. Il a rappelé que l’Évangile livre une fin heureuse : la justice de Dieu qui renverse les destins, la vie nouvelle qui jaillit de l’amour donné. « Le Seigneur Jésus est ressuscité – a-t-il dit – et c’est là l’annonce qui donne l’espérance et change les cœurs. Il ne suffit pas de connaître l’Évangile : il faut l’aimer, car seul l’amour le rend compréhensible et nous ouvre au visage du prochain ».

La célébration a été marquée également par un moment de grande intensité ecclésiale : le Pape a « institué » 39 catéchistes provenant de quinze pays, appelés un à un par leur nom et accueillis par le Pontife avec la bénédiction et le don de la croix. « Le catéchiste – a-t-il expliqué – n’est pas seulement un instructeur, mais un semeur : une personne de parole qui fait résonner l’espérance dans les cœurs, afin qu’elle porte des fruits de vie bonne ».

Relisant l’héritage de saint Augustin, Léon XIV a réaffirmé que la transmission de la foi n’est pas un dressage, mais une expérience d’amour : « Lorsque nous éduquons à la foi, nous plaçons dans le cœur la parole de vie. C’est l’attachement aux richesses mondaines qui enlève l’espérance du bien éternel. Les “Lazare” d’aujourd’hui, avec leur souffrance, deviennent une catéchèse vivante, un appel puissant à la conversion et à la paix ».

Le Pape a confié aux nouveaux catéchistes un mandat clair : « Annoncez le Seigneur avec la vie, avec les actions et avec la parole. Collaborez avec les pasteurs, soyez un signe d’espérance pour ceux qui se sentent éloignés ». Son homélie a rappelé en définitive que « la tâche de l’Église n’est pas d’accumuler des biens, mais de faire résonner dans les cœurs l’espérance qui sauve ».

Le Pape Léon XIV a annoncé que le 1er novembre prochain saint John Henry Newman sera proclamé Docteur de l’Église

Avec « joie », le Pape Léon XIV a déclaré ce matin que, dans le contexte du Jubilé du Monde éducatif, il conférera le titre de Docteur de l’Église à saint John Henry Newman, qui contribua de manière décisive au renouveau de la théologie et à la compréhension de la doctrine chrétienne dans son développement.

Le cardinal John Henry Newman est l’une des figures les plus lumineuses et prophétiques du christianisme moderne. Sa vie, marquée par un cheminement intellectuel et spirituel tourmenté mais fécond, a laissé une empreinte profonde non seulement dans l’Église catholique, mais aussi dans la pensée philosophique et théologique contemporaine. Benoît XVI, qui l’a béatifié le 19 septembre 2010 à Birmingham, le considérait comme un maître et un point de référence incontournable, au point d’affirmer : « Newman nous enseigne qu’il n’y a pas de contradiction entre foi et raison, mais une illumination réciproque. La conscience, loin d’être un prétexte à l’arbitraire, est la voix de Dieu qui parle à l’intime de l’homme ».

Né à Londres le 21 février 1801, Newman venait d’une famille anglicane. Dès son jeune âge, il se distingua par son intelligence et sa sensibilité spirituelle : il étudia à Oxford, où il devint fellow de l’Oriel College et s’imposa comme un prédicateur raffiné, conquérant l’attention des étudiants et des professeurs. C’était l’époque du « Mouvement d’Oxford », dont Newman fut l’âme et le guide : un courant qui entendait ramener l’Église anglicane à ses racines catholiques, en soulignant sa dimension sacramentelle et apostolique.

Cependant, ses études approfondies sur les Pères de l’Église et sa recherche intérieure le conduisirent à un tournant décisif : en 1845 Newman se convertit au catholicisme, suscitant scandale et vives réactions dans l’Angleterre victorienne. Ordonné prêtre, il fonda l’Oratoire de saint Philippe Néri à Birmingham et se consacra à l’apostolat, à la prédication et à l’écriture, laissant des œuvres d’une profondeur extraordinaire telles que Apologia pro vita sua, Essay on the Development of Christian Doctrine et The Idea of a University.

Ce n’est qu’en 1879 que Léon XIII le créa cardinal, reconnaissant en lui un penseur capable d’unir modernité et tradition. Newman mourut à Edgbaston le 11 août 1890.

Benoît XVI et la redécouverte de Newman

Joseph Ratzinger voyait en Newman un témoin extraordinaire de la fidélité à la conscience et de la capacité d’unir raison et foi. Dans son homélie pour la béatification, Benoît XVI souligna : « Le grand thème qui dominait l’existence de Newman était la vérité. Son intuition était que, comme êtres rationnels et moraux, nous ne pouvons pas nous contenter d’une convenance superficielle, mais nous devons chercher l’harmonie profonde qui nous lie à Dieu. Newman nous enseigne que la conscience n’est pas autoréférentielle, mais ouverture à l’Autre, au Dieu qui nous appelle ».

En d’autres occasions, le Pape allemand souligna combien Newman restait actuel : « À une époque marquée par le relativisme, il nous rappelle que la conscience est le lieu de l’écoute de la vérité et non la justification du caprice. Newman nous guide vers un christianisme adulte, capable d’affronter la modernité sans crainte ».

Le message de Newman continue d’interpeller l’Église d’aujourd’hui : sa réflexion sur l’éducation universitaire, sur le rôle des laïcs, sur la nécessité d’une foi pensée et incarnée demeure d’une étonnante actualité. Benoît XVI le considérait comme une figure-pont entre la foi et la culture contemporaine : « Son exemple nous invite à ne pas craindre la confrontation avec la pensée moderne, mais à la vivre avec la force d’une foi enracinée dans la tradition et ouverte à l’Esprit ».

Aujourd’hui, la figure de Newman, canonisé par le Pape François le 13 octobre 2019, représente une invitation à parcourir le même chemin d’authenticité, de dialogue et de témoignage qui fit de lui un prophète pour son temps et pour le nôtre.

Sante Cavalleri