La première journée du voyage apostolique du pape Léon XIV en Espagne a été marquée par un fil conducteur clair et puissant : la nécessité de construire la paix dans un monde traversé par les conflits, les peurs et les divisions. De la cérémonie d’accueil à Madrid jusqu’à la grande veillée avec plus de six cent mille jeunes réunis sur la Plaza de Lima, le Pontife a lancé un message qui dépasse largement les frontières du pays ibérique et s’adresse à l’ensemble de la communauté internationale.
Le premier voyage d’un pape en Espagne après quinze ans s’est ouvert par des rencontres institutionnelles et par un fort appel au rôle de l’Europe en un temps de profondes transformations géopolitiques. Devant les autorités politiques, religieuses, économiques et culturelles, Léon XIV a invité le continent à ne pas céder à la tentation des replis identitaires.
Selon le Pontife, l’Europe risque de vieillir spirituellement et culturellement si elle choisit la voie de la confrontation permanente. C’est pourquoi il a exhorté à “éviter les approches identitaires” qui “peuplent le monde de fantômes et d’ennemis”, rappelant que la sécurité authentique ne naît ni de la force militaire ni de l’édification de nouvelles barrières.
“La sécurité que trop souvent nous nous illusionnons à croire venir des armes et des murs mûrit plutôt dans l’apprentissage de la croissance avec l’autre”, a-t-il affirmé, en indiquant le dialogue et la réconciliation comme instruments indispensables pour garantir stabilité et prospérité.
Mais c’est surtout la grande veillée du soir avec les jeunes qui a représenté le cœur émotionnel de la journée. Devant une foule immense de jeunes venus de toute l’Espagne et de nombreux pays européens, Léon XIV a prononcé l’un des discours les plus intenses depuis le début de son pontificat.
“Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle”, a-t-il déclaré en répondant aux questions des jeunes.
Le pape a demandé aux nouvelles générations de ne pas se laisser entraîner par le cynisme et la résignation qui semblent caractériser de nombreuses sociétés contemporaines.
“La mission que je vous confie est précisément celle-ci : être humains. Oui, soyez humains ! Des hommes et des femmes en chair et en os. Non pas des apparences, mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent.”
Des paroles accueillies par de longs applaudissements et des moments d’émotion intense parmi les participants, qui ont vécu la veillée comme l’un des moments les plus significatifs de la visite papale.
“Je vous invite tous ensemble à être le sel de la terre et la lumière du monde”, a poursuivi Léon XIV. “Vous pouvez changer le cours de l’histoire, faites-le avec amour.”
L’appel aux jeunes s’inscrit dans la vision globale que le pape propose à l’Église et au monde : une société moins obsédée par la confrontation et plus capable de construire des relations authentiques.
Lors du vol vers Madrid également, Léon XIV avait montré sa volonté d’aborder sans réticence les grands thèmes internationaux. Interrogé par des journalistes sur les conflits en cours, le Pontife est revenu sur la notion de “guerre juste”, récemment invoquée dans certains milieux politiques américains pour justifier des interventions militaires.
“Ce n’est pas une guerre juste”, a-t-il affirmé avec clarté.
Selon le pape, la théorie traditionnelle élaborée au cours des siècles passés ne peut être appliquée mécaniquement à l’époque contemporaine, marquée par des armements dotés d’une capacité de destruction sans précédent.
“La théorie de la guerre juste vient des siècles passés, elle ne prenait même pas en compte les armes et la capacité de destruction dont dispose l’être humain aujourd’hui”, a-t-il observé.
Une réflexion qui constitue aussi une critique indirecte de ceux qui continuent à considérer le conflit armé comme un instrument ordinaire de résolution des différends internationaux.
C’est pourquoi Léon XIV a réaffirmé la nécessité de poursuivre tous les efforts possibles de négociation, en particulier dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine.
“Il faut véritablement pousser pour que la violence et la guerre prennent fin”, a-t-il dit, rappelant que trop de personnes continuent de perdre la vie.
Le même regard préoccupé, le Pontife l’a porté sur le Liban, qualifiant la situation du pays de “complexe” et confirmant qu’il maintient des contacts constants avec les responsables religieux de la région.
Comme on le sait, les associations de victimes ont demandé au pape une rencontre directe et le Saint-Siège a confirmé qu’un entretien avec un groupe de survivants est prévu durant la visite.
S’adressant aux journalistes, Léon XIV a abordé la question sans détour.
“C’est une blessure encore ouverte”, a-t-il reconnu.
Une déclaration brève mais significative, qui confirme la volonté de maintenir une attention élevée sur une tragédie ayant profondément marqué la crédibilité de l’Église dans de nombreux pays, y compris l’Espagne, où le débat a repris avec force après la publication du rapport du Defensor del Pueblo sur les cas d’abus commis dans le milieu ecclésial.
Le voyage en Espagne révèle ainsi le visage d’un Pontife décidé à parler sans ambiguïté de paix, de justice, de responsabilité et de dignité humaine. Un pape qui demande aux jeunes de changer l’histoire par l’amour et aux gouvernements de remplacer la logique de l’affrontement par celle du dialogue. Un message qui, parti de Madrid, dépasse largement les frontières de la péninsule ibérique.
Letizia Lucarelli




