La musique qui guérit: l’étreinte de Léon XIV et des artistes à 3 000 pauvres. Et Bublé fait chanter avec eux le Pape et les cardinaux (Chiara Lonardo)

Dans le cadre majestueux de la Salle Paul VI, une fois encore lieu de rencontre et de consolation, s’est déroulé l’un des événements les plus surprenants et symboliques du nouveau pontificat : un grand concert dédié à trois mille personnes fragiles, accueillies par le pape Léon XIV comme des invités d’honneur. Un geste fort, presque programmatique, qui synthétise parfaitement la nature du nouveau Pontife : un style sobre mais chaleureux, une attention aux périphéries humaines, le désir de ramener la culture et la beauté au centre de la vie ecclésiale comme instruments de soin et de réconciliation.

La soirée a été rendue inoubliable par la présence de Michael Bublé, qui a apporté dans la Salle Nervi son élégance internationale et son charisme capable de créer immédiatement une complicité avec le public. Mais le moment le plus inattendu et joyeux est arrivé lorsque le chanteur canadien a invité le pape Léon XIV, les cardinaux présents et toute l’assemblée à se joindre à lui dans un refrain simple et lumineux : « Feliz Navidad ». Ce fut un chœur spontané, improvisé, qui a traversé l’assemblée comme un frisson : un fragment d’harmonie collective, rare et précieux en un temps traversé par les peurs, les conflits et les solitudes.

Le Pontife a accueilli l’invitation avec son sourire doux, levant une main en signe d’encouragement envers les présents. Autour de lui, les cardinaux se sont associés avec une spontanéité loin de tout formalisme : une Église qui se laisse toucher, qui s’ouvre, qui chante. Une Église qui, comme l’a rappelé Léon XIV dans le bref salut après l’exécution, « doit redevenir la maison de tous, surtout de ceux qui portent sur leurs épaules des fardeaux qui ne devraient pas être portés seuls ».

L’événement s’inscrivait dans le cadre des initiatives caritatives du pontificat, mais la soirée avec Bublé restera comme une image-symbole : un pape, des cardinaux, des milliers de pauvres, un chanteur célèbre. Tous ensemble, sans barrières, pour partager un fragment de beauté. Peut-être un signe prophétique, une anticipation de cette Église « qui console avant même de corriger », comme Léon XIV l’a répété dès le jour de son élection.

« Michael Bublé, ton italien est fantastique ! », lui a dit le pape Prévost tandis que l’artiste, ému, s’inclinait pour remercier le public. Autour d’eux, des milliers de visages marqués par la vie : trois mille personnes fragiles, blessées, venues de paroisses, de soupes populaires, de dortoirs, de centres d’accueil. Tous réunis dans la Salle Paul VI pour une soirée qui ne promettait pas l’évasion, mais la véritable égalité, car comme l’a expliqué le pape, nos « soucis » et les inquiétudes qui parfois assourdissent le cœur « ne doivent pas être étouffés dans l’étourdissement des distractions » et la musique ne fait pas disparaître les dissonances de l’existence, mais « nous rappelle que nous sommes bien plus ». Le pape le répète plusieurs fois, comme une note centrale autour de laquelle tourne toute la soirée : « La musique ne nous distrait pas de nos soucis : elle nous rappelle que nous ne sommes pas seulement cela. »

Dans la main serrée d’un artiste dans celle du Pape, le concert avec les pauvres a témoigné de ce qu’il veut être : une échelle entre la terre et le ciel, faite de notes, de dignité, d’humanité retrouvée. « Jésus est le chant d’amour de Dieu pour l’humanité. Écoutons-le. Et chantons-le avec notre vie », a ajouté Léon.

La sixième édition du Concert avec les Pauvres, née « du cœur du pape François », comme l’a rappelé Léon XIV, a porté son empreinte personnelle, car pour la première fois un pape a participé personnellement à l’événement, qui a vu la direction artistique de Mgr Marco Frisina, avec le Chœur du diocèse de Rome et la Nova Opera Orchestra, et le soutien concret de l’Aumônerie apostolique du card. Konrad Krajewski. « Chers amis, la musique est comme un pont qui nous conduit à Dieu », un pont qui part des notes des instruments pour atteindre les blessures intérieures du public : huit mille personnes invitées grâce à la collaboration de Caritas Rome, Sant’Egidio, le Cercle Saint-Pierre, l’Ordre de Malte, le Centre Astalli, les ACLI, la Communauté Jean XXIII et bien d’autres réalités qui, chaque jour, soutiennent silencieusement ceux qui n’y arrivent pas.

Quand Michael Bublé est monté sur scène, la Salle Paul VI a explosé dans une longue et chaleureuse ovation. L’artiste n’a pas caché son émotion : « C’est le moment le plus important de ma vie et de ma carrière. Je suis tellement reconnaissant », a-t-il confié. De Feeling Good à L.O.V.E., des classiques de Noël comme It’s Beginning to Look a Lot Like Christmas et Silent Night jusqu’au poignant hommage à Duke Ellington, sa voix a résonné dans l’acoustique parfaite de Pierluigi Nervi, limpide, puissante, familière, dialoguant avec l’orchestre dans une harmonie qui caressait l’âme de ceux qui écoutaient. Le moment le plus intense est arrivé lorsque Bublé a entonné l’Ave Maria en latin : une exécution voulue personnellement par le Pape, enrichie d’un arrangement choral qui a fait vibrer toute la salle. Beaucoup essuyaient leurs larmes. Lui-même semblait les retenir difficilement, et à la fin du morceau il a confié : « Je ne voudrais pas chanter seul : c’est notre soirée ! »

Après l’Ave Maria, une version soul de Bring It On Home to Me et une poignante Always On My Mind, qui a officiellement clôturé la liste des morceaux. Mais Bublé est ensuite revenu sur scène pour un dernier cadeau. Et lorsqu’il a entonné Feliz Navidad, tout le public – pauvres, volontaires, cardinaux, artistes – est devenu un seul chœur.

Les mélodies choisies pour la première partie du concert étaient elles aussi dédiées à Noël : Puer natus est nobis, Quando nascette Ninno (interprété par une impeccable Serena Autieri), Joy to the World, Gloria in cielo, The First Nowell. Frisina a construit un parcours de contemplation qui préparait à l’entrée du « super-invité ». Et le Pape a commenté que Noël, dès ses débuts, est raconté par un « grand concert d’anges » : « Et qui l’a entendu en premier ? Les bergers, les pauvres qui veillaient. » Et c’est aux pauvres d’aujourd’hui, assis à quelques mètres de la scène, que Léon XIV a dédié le cœur de son message : « Nous sommes bien plus que nos problèmes : nous sommes des enfants aimés de Dieu ! »

L’événement de cette année a aussi laissé une empreinte écologique : grâce à la collaboration avec AzzeroCO₂ et l’association « Les Patriarches de la Nature », le Vatican accueillera un cyprès de saint François, tandis que le concert contribuera à la plantation de 1 000 nouveaux arbres entre le Guatemala, l’Italie et des zones côtières à haute biodiversité. La soirée s’est ensuite poursuivie avec un dîner chaud à emporter pour les plus de 3 000 pauvres, voulu personnellement par le Pape.

Chiara Lonardo