En un temps marqué par des conflits généralisés, des tensions géopolitiques et des crises profondes, le pape a choisi des paroles fermes et chargées de responsabilité lors de la messe chrismale, indiquant dans les saints un chemin concret pour “sortir des ténèbres” d’un monde de plus en plus “disputé par des puissances qui le dévastent”.
Au cœur de l’homélie, un appel fort au témoignage d’Óscar Romero, symbole d’une foi qui ne cède ni à la violence ni à l’injustice. Le Pontife l’a présenté comme un exemple lumineux d’une Église capable d’être au cœur de l’histoire sans trahir l’Évangile : “Romero n’a pas cherché protection dans le pouvoir, mais a choisi de rester aux côtés de son peuple jusqu’au bout”.
La référence n’est pas fortuite. Dans un contexte mondial marqué par des guerres et des rivalités entre grandes puissances, le pape a dénoncé avec lucidité une réalité où “la logique de la force semble prévaloir sur la dignité de la personne”, et où des populations entières deviennent des terrains de confrontation. “Nous vivons dans un monde disputé — a-t-il observé —, où des intérêts opposés risquent d’écraser les plus faibles et d’obscurcir le sens même de l’humain”.
D’où l’appel à ne pas céder à la résignation. “Regardons les saints”, a-t-il exhorté, “car en eux nous voyons qu’il est possible de traverser les ténèbres sans en devenir complices”. Il ne s’agit pas d’une fuite spirituelle, mais d’un appel à la responsabilité : les saints, a-t-il souligné, “ne sont pas des figures lointaines, mais des hommes et des femmes qui ont vécu pleinement les contradictions de leur époque, choisissant la justice et la paix même lorsque cela impliquait un prix très élevé”.
Au cœur de la célébration, adressée en particulier aux prêtres, le pape a rappelé le sens profond du ministère comme service et non comme pouvoir. Dans un monde déchiré par les divisions, il a affirmé que “le pasteur est appelé à être signe d’unité, non de domination ; présence qui soigne, non force qui impose”. Un rappel qui sonne aussi comme un avertissement à une époque où, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église, la tentation du contrôle risque de remplacer la logique évangélique de la proximité.
L’ombre des “ténèbres” évoquée dans l’homélie n’est pas seulement symbolique. Elle est celle des guerres oubliées, des crises humanitaires et des injustices systémiques. Mais c’est aussi l’obscurité intérieure d’une société qui risque de perdre ses repères éthiques. “Nous ne pouvons pas nous habituer à ces ténèbres — a averti le pape —, ni les considérer comme inévitables”.
C’est pourquoi l’appel aux saints devient une proposition concrète : retrouver un regard capable de reconnaître le bien même dans les contextes les plus difficiles et de le traduire en choix quotidiens. “La sainteté — a-t-il rappelé — n’est pas une évasion de l’histoire, mais une transformation de l’histoire”.
Le jour où sont consacrées les huiles saintes, signes de soin et de consolation, le message apparaît encore plus incisif : face à un monde blessé, il ne suffit pas d’analyser les crises. Il faut choisir son camp.
Et l’orientation indiquée est claire : non pas celle des puissances qui divisent et dévastent, mais celle de ceux qui, comme Romero et beaucoup d’autres, continuent de croire que même dans les ténèbres, il est possible d’allumer une lumière.
Chiara Lonardo




