Les flammes qui, en avril 2019, ont dévoré le toit de Notre-Dame ont laissé le monde entier en état de sidération. Ce fut une douleur qui dépassa largement les frontières de la communauté catholique et de la France elle-même. Des millions de personnes, croyantes et non croyantes, ont regardé ces images en se sentant touchées dans une mémoire et une histoire communes à toute l’humanité. Mais précisément cet incendie effroyable, a rappelé Léon XIV ce soir sous les voûtes de la cathédrale parisienne, a contraint chacun « à lever les yeux vers le ciel » et à reconnaître une appartenance commune, une histoire partagée, une même humanité.
Au premier jour de son voyage apostolique en France, le Pape a traversé Paris au milieu d’une foule immense. Environ 300 000 personnes, selon les autorités locales, se sont massées le long du parcours entre l’UNESCO et Notre-Dame. Puis, devant la cathédrale, des milliers d’autres fidèles ont attendu le Souverain Pontife qui, à bord de la papamobile, a parcouru à plusieurs reprises le parvis, s’arrêtant pour saluer et bénir les personnes présentes.
Quelques minutes avant 17 heures, Léon XIV est entré dans la cathédrale. Il a embrassé le crucifix, béni les personnes présentes avec des rameaux d’olivier, s’est arrêté dans la chapelle Saint-Georges et a prié à genoux devant la Sainte Couronne d’épines, vénérée comme la relique de la Passion du Christ et arrivée en France au XIIIe siècle à la demande de Louis IX, le futur saint Louis.
Puis, dans la chapelle œcuménique, tandis que l’imposant orgue de Notre-Dame, construit au XIXe siècle par Aristide Cavaillé-Coll, emplissait l’espace de sa puissance sonore, le Pape a développé la signification spirituelle de la renaissance de la cathédrale.
« L’impondérable – a observé Léon XIV – nous oblige souvent à reconnaître notre insuffisance ». L’incendie de 2019 est ainsi devenu, dans son homélie aux évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées et séminaristes, non seulement une blessure à garder en mémoire, mais aussi une leçon sur la capacité des hommes à reconstruire ensemble.
La « consternation » provoquée par la destruction de la toiture et de la flèche, avec l’effondrement de certaines voûtes, a pu être surmontée, a souligné le Souverain Pontife, « seulement ensemble, comme une communauté ». La reconstruction de Notre-Dame a en effet mobilisé les institutions publiques, les réalités ecclésiales et les acteurs privés, permettant de rendre à la ville et au monde l’un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture gothique, dont la construction avait commencé en 1163.
Pour Léon XIV, toutefois, la valeur de cette renaissance va bien au-delà de la restauration d’un monument. « Ici bat le cœur d’un peuple », a-t-il affirmé, car en ce lieu « le passé et l’avenir s’embrassent, le ciel et la terre se rencontrent ».
La cathédrale rendue à sa beauté est ainsi redevenue une maison ouverte aux « milliers de frères et sœurs qui arrivent ici du monde entier », une beauté capable de parler « à notre cœur inquiet » et de l’appeler « à la paix ».
Le Pape a ensuite tenu à remercier l’archevêque métropolitain de Paris, Mgr Laurent Ulrich, pour le parcours de première annonce et d’initiation chrétienne proposé dans la cathédrale. Une expérience qui, selon Léon XIV, montre comment la renaissance de Notre-Dame peut aussi devenir un modèle de « conversion missionnaire », celle d’une Église « en sortie » indiquée par le pape François dans Evangelii gaudium.
« Chers évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées, séminaristes de France : laissez-vous inspirer par ce qui s’est passé ici ! », a exhorté le Pape.
Le Souverain Pontife a invité l’Église de France à ne pas avoir peur de la « complexité » du monde contemporain. Dieu lui-même, a-t-il rappelé, n’a pas choisi de rester à distance de l’histoire, mais a envoyé son Fils « dans un monde déjà habité, déjà en mouvement, déjà marqué par les misères et la bonté des êtres humains ».
C’est précisément au cœur de cette réalité, et non en dehors d’elle, qu’une « Église vivante » peut exister, capable d’accueillir « la périphérie », « celui qui est loin mais qui est en réalité proche », « l’étranger en qui le Christ frappe déjà à la porte ».
D’où l’image d’une Église « vivante, multiforme et proche », dans laquelle les laïcs puissent être valorisés comme « l’avant-garde vivante de l’Église aux carrefours du monde quotidien ». Une communauté chrétienne qui, a précisé Léon XIV, ne doit pas devenir une enclave qui se retire pour se protéger de son époque, mais être, comme les anciennes cathédrales, « un espace d’accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous ».
L’ouverture ne signifie cependant pas perdre l’identité de l’Église. « Ce temple – a rappelé le Pape – a en effet été érigé pour la prière, la louange de Dieu et la célébration de l’Eucharistie ». C’est là, a-t-il ajouté, « la richesse que les catholiques ont à offrir au monde contemporain ».
Dans une société « hyperconnectée et bruyante », souvent marquée par un sentiment de vide, « la noble simplicité du chant, de la parole, du geste liturgique » peut devenir pour beaucoup de personnes « une brèche, une oasis de paix ».
C’est pourquoi Léon XIV a invité à vivre fidèlement l’année liturgique, capable de rendre les chrétiens toujours plus « contemporains du Christ » et donc plus attentifs aux « signes des temps ». L’écoute communautaire de l’Écriture et la prière, a-t-il expliqué, permettent de lire l’histoire à la lumière de Dieu, de reconnaître les responsabilités, de démasquer « les rapports de pouvoir injustes » et de préserver « les germes de justice et de paix ».
C’est donc l’espérance qui doit prévaloir sur la résignation et engendrer « des liens de plus grande fraternité » et « des réseaux de solidarité ».
Le Pape a consacré une partie importante de son homélie à la liturgie et à la prière personnelle, demandant aux évêques, prêtres, diacres et consacrés de « cultiver un authentique amour de la liturgie » et de vivre les célébrations « avec dignité et décorum ». Mais surtout, il les a exhortés à ne pas négliger « cette amitié voulue par le Seigneur » et la prière personnelle, car c’est précisément la relation intime avec Dieu qui constitue le fondement de toute vocation et nourrit la mission ainsi que la capacité de prendre soin de l’autre.
Notre-Dame, renaissante après l’incendie, devient ainsi également une métaphore de l’Église. Une communauté appelée à se reconstruire sans cesse, à ouvrir ses portes et à faire de l’hospitalité non pas un geste occasionnel mais « la forme même de son existence », afin que tous puissent se sentir chez eux et que personne ne soit opprimé ou marginalisé.
« Cette cathédrale – a dit Léon XIV – est renée pour que vous puissiez renaître avec elle dans un élan de sainteté et de mission quotidienne ».
C’est là, selon le Pape, la mission de l’Église de France : être « au milieu de votre peuple » un témoignage limpide de la maternité de l’Église, capable de « témoigner de l’amour de Dieu », de réunir ce qui est divisé et de « guérir la famille humaine ».
La conclusion de l’homélie a pris une forte valeur symbolique. En 2019, les yeux du monde étaient tournés vers les flammes qui dévoraient le toit de la cathédrale. Aujourd’hui, a indiqué Léon XIV, ce regard peut enfin se tourner vers le haut, vers la statue médiévale de la Vierge à l’Enfant, restée intacte et qui a retrouvé son éclat dans la cathédrale.
Une image qui résume le sens de toute la visite : non plus un regard tourné vers la destruction, mais vers la renaissance ; non pas la peur, mais l’espérance ; non pas la fermeture, mais l’accueil.
Mgr Laurent Ulrich, dans son salut au Pape, a lui aussi évoqué la grande communauté de prêtres, diacres, religieux, religieuses, personnes consacrées et séminaristes engagés dans l’évangélisation en France. Ils sont environ 45 000, a rappelé l’archevêque, même si tous n’ont pas pu être présents à Notre-Dame.
« Ils portent le poids de la journée en consacrant leurs forces au service de l’annonce de l’Évangile », a déclaré Ulrich. Et ils le font dans un monde qui reste, selon ses paroles, profondément paradoxal : « faisant semblant de ne pas être intéressé et pourtant assoiffé de paroles vraies, d’amour fraternel et de la paix qui vient de Dieu ».
À Notre-Dame, renaissante des flammes et rendue au monde, Léon XIV a donc indiqué un chemin qui concerne à la fois la foi et la cité, l’Église et la société : reconstruire, accueillir, écouter, prier et regarder vers l’avenir. Car une cathédrale peut retrouver la vie lorsque les hommes décident de la reconstruire ensemble, mais sa renaissance prend tout son sens lorsqu’elle parvient de nouveau à ouvrir ses portes et à devenir une maison pour tous.
Letizia Lucarelli



