« Ne croyez pas à ceux qui vous vendent la haine ». Au Stade de France, Léon XIV confie aux jeunes la révolution de l’espérance (Letizia Lucarelli)

« Il existe des pouvoirs qui cherchent à vous convaincre que l’autre est un ennemi, que la diversité est une menace et que la force peut résoudre tous les conflits. Ne croyez pas à ceux qui vous vendent la haine comme si c’était du courage. La haine consume d’abord celui qui la porte en lui. »

C’est par ces paroles, accueillies par une longue ovation des plus de quatre-vingt mille jeunes réunis au Stade de France, que le pape Léon XIV a ouvert le moment le plus intense de la grande Veillée de prière qui a conclu la première journée de son voyage apostolique en France. Le stade de Saint-Denis, habituellement théâtre de compétitions sportives et de concerts, s’est transformé en une immense cathédrale où la musique, le silence et la prière ont donné voix à l’espérance d’une nouvelle génération.

S’adressant aux jeunes français, qui ont grandi dans une société toujours plus plurielle, le Souverain Pontife a insisté sur la valeur de la rencontre comme réponse aux divisions qui traversent le monde : « Ayez le courage de connaître ceux qui sont différents de vous. Dialoguez avec ceux qui professent une autre religion, avec ceux qui viennent d’un autre pays, avec ceux qui pensent autrement. Le chrétien ne construit pas des murs pour se défendre : il construit des ponts afin que chaque personne puisse être reconnue dans sa dignité. »

Léon XIV a expliqué que la paix ne naît pas de l’élimination des différences, mais de la capacité à les vivre comme une richesse. C’est pourquoi il a invité les jeunes à ne pas se laisser séduire par les logiques de la confrontation, rappelant que tout authentique chemin chrétien conduit à la fraternité.

La véritable révolution consiste à choisir le bien

Après avoir dénoncé la culture de la haine, le Pape a proposé aux jeunes une révolution totalement différente : celle du bien.

« Vous vivez une époque extraordinaire, riche de possibilités, mais également traversée par des peurs profondes. On vous dit que pour être libres, il faut faire tout ce que l’on désire, que le bonheur consiste à posséder, à dominer, à l’emporter sur les autres. Mais cela n’est pas la liberté : c’est une prison qui laisse le cœur vide. »

La liberté, a-t-il souligné, ne coïncide pas avec l’absence de limites, mais avec la capacité de choisir ce qui fait grandir la vie.

« La véritable liberté naît lorsque vous choisissez le bien. C’est une révolution silencieuse, parce qu’elle n’humilie personne et ne détruit rien. Chaque fois que vous choisissez la justice plutôt que l’égoïsme, le pardon plutôt que la vengeance, la solidarité plutôt que l’indifférence, Dieu continue d’être vivant dans le monde à travers vous. »

Ces paroles ont transformé l’enthousiasme initial en une écoute recueillie, presque contemplative, révélant le désir des jeunes de se confronter aux grandes questions du sens de leur existence.

Dieu n’est pas absent de l’histoire

L’un des passages les plus profonds de la méditation a porté sur la foi dans une époque qui considère souvent Dieu comme insignifiant.

« Beaucoup répètent que Dieu est mort, que la religion appartient au passé et que l’homme se suffit à lui-même. Pourtant, regardez votre désir d’infini, votre soif de justice, votre besoin d’aimer et d’être aimés : tout cela parle de Dieu. »

Le Pontife a invité les jeunes à reconnaître la présence du Seigneur dans les gestes quotidiens de compassion et de service.

« Dieu, a souligné Léon, ne s’impose jamais. Il frappe avec délicatesse à la porte du cœur. Lorsque vous accueillez un ami qui souffre, lorsque vous défendez celui qui est exclu, lorsque vous renoncez à la violence pour choisir la réconciliation, Dieu continue d’écrire son histoire avec l’humanité. »

C’est une image de Dieu proche de la vie concrète, capable de parler également à ceux qui traversent le doute ou des moments d’éloignement de la foi.

Pardonner aux autres et se pardonner à soi-même

Léon XIV a ensuite voulu s’arrêter sur les blessures intérieures que beaucoup de jeunes portent en eux : la peur de l’échec, la solitude, le poids des attentes et la difficulté à se sentir pleinement acceptés.

« Peut-être que certains d’entre vous portent des blessures que personne ne connaît. Peut-être vous sentez-vous inadéquats, déçus ou incapables de recommencer. Ne laissez pas votre passé devenir une condamnation. »

Le Pape a alors prononcé l’un des passages les plus émouvants de la Veillée.

« Apprenez à pardonner aux autres, mais apprenez aussi, a scandé le Pape, à vous pardonner à vous-mêmes. La miséricorde de Dieu est plus grande que vos erreurs. Personne n’est défini par ses chutes : chacun est défini par l’amour avec lequel le Seigneur continue de le relever. »

Un silence impressionnant est alors descendu sur le Stade de France, interrompu seulement par la prière et la musique qui accompagnaient l’adoration eucharistique.

Une cathédrale sous le ciel de Paris

La soirée avait commencé dans une atmosphère de fête : chœurs, orchestre, témoignages, jeunes venus de tous les diocèses de France et de nombreux pays européens ont animé un spectacle célébrant la richesse spirituelle de la France. Mais le moment culminant fut précisément ce passage de la joie à la contemplation, lorsque des dizaines de milliers de jeunes sont demeurés agenouillés devant l’Eucharistie.

Avant la bénédiction finale, Léon XIV leur a confié une mission qui résume le sens de tout son voyage apostolique, inspiré par la devise « Afin que le monde ait la vie ».

« N’ayez pas peur, a averti Prevost, d’être des saints dans le monde d’aujourd’hui. La sainteté n’est pas réservée à quelques héros : elle est la manière concrète par laquelle chaque jeune peut rendre le monde plus humain. Allez dans vos villes, dans vos écoles, dans vos universités et soyez les témoins d’une espérance qu’aucune guerre et qu’aucune peur ne pourront éteindre. »

L’interminable applaudissement qui a accompagné le salut du Pontife a donné tout son sens à une nuit appelée à laisser une empreinte profonde dans l’Église de France : une Veillée où la foi s’est unie au désir de paix, transformant le plus grand stade du pays en un véritable sanctuaire de la fraternité.

 

Letizia Lucarelli