Léon XIV : « Arrêter la destruction en Ukraine, la paix passe par le dialogue ». La dette de l’amour fraternel et les dommages de la médisance (Letizia Lucarelli)

Un appel poignant du Pontife : proximité avec les victimes de la guerre, soutien à la diplomatie et invitation à ne jamais se résigner à la logique des armes.

Lors de l’Angélus, le pape Léon XIV a tourné sa pensée vers les peuples meurtris par la guerre, avec une attention particulière à la tragédie qui continue de ravager l’Ukraine. Devant les fidèles réunis place Saint-Pierre pour l’Angélus, le Pontife a élevé une prière intense afin que cessent les violences et qu’un chemin crédible vers la paix puisse enfin s’ouvrir.

« Mon cœur est avec le peuple ukrainien », a confié le Pape, exprimant sa proximité avec les familles qui ont perdu leurs proches, avec les blessés, les personnes âgées et les enfants contraints de vivre chaque jour sous la menace des bombardements. Une souffrance qui, a-t-il souligné, ne peut devenir une habitude ni être oubliée par la conscience du monde.

Léon XIV a ensuite réaffirmé avec force la valeur de la diplomatie comme seule alternative à la destruction. « Il faut soutenir tout effort authentique de dialogue », a-t-il déclaré, rappelant qu’aucune victoire militaire ne pourra jamais compenser le prix payé par les populations civiles. La paix, a-t-il réaffirmé, naît de la rencontre, de l’écoute et de la volonté de reconstruire les relations brisées, et non de l’escalade des armes.

L’appel du Pontife ne s’est pas limité à l’Europe orientale. Sa prière a embrassé tous les conflits qui continuent d’ensanglanter la planète, des guerres oubliées aux crises humanitaires qui contraignent des millions de personnes à abandonner leur foyer. « Prions pour que la concorde entre les peuples s’affirme », a-t-il déclaré, invitant les chrétiens à devenir des artisans de réconciliation dans la vie quotidienne.

Le message de l’Angélus est profondément lié à la réflexion évangélique proposée quelques minutes auparavant. Si la « dette » que les croyants ont les uns envers les autres est celle de l’amour fraternel, alors les relations entre les nations doivent elles aussi se libérer de la logique de l’hostilité pour redécouvrir celle de la fraternité. Pour Léon XIV, la paix n’est pas seulement un objectif politique : c’est une responsabilité morale qui naît dans les cœurs, grandit dans les communautés et peut transformer l’histoire.

Léon XIV : « La plus grande dette est celle de l’amour réciproque »

Il existe une dette qui n’appauvrit pas, mais qui enrichit ; qui ne rend pas esclave, mais qui libère. C’est celle de l’amour réciproque. Le pape Léon XIV l’a présentée comme l’une des clés de lecture de la liturgie de ce dimanche, en introduisant la prière de l’Angélus et en proposant une réflexion sur les relations avec les autres, sur la fraternité et sur la capacité à construire l’unité.

Le point de départ est constitué par les paroles de saint Paul dans la Lettre aux Romains : tout commandement, rappelle l’Apôtre, « se résume dans cette parole : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” ». Une expression qui, pour Léon XIV, ne représente pas seulement un principe spirituel, mais un véritable critère permettant d’orienter concrètement la pensée et l’action.

Le Pape a également rappelé l’image de la dette, présente dans la Lettre aux Romains et dans le Notre Père. « Jésus nous a enseigné à demander et à pratiquer la remise des dettes. Il existe cependant un patrimoine que nous nous devons les uns aux autres, sans en rester prisonniers : c’est la dette d’un amour réciproque ».

C’est précisément ce patrimoine, a expliqué Léon XIV, qui transforme les relations humaines. « Toute l’attention, le soin et le bien que nous avons reçus nous rendent plus libres et capables d’assumer nos responsabilités ». L’amour reçu n’est donc pas quelque chose que l’on doit conserver de manière égoïste, mais il devient une responsabilité à restituer à travers le souci de l’autre.

La réflexion du Pontife s’est ensuite concentrée sur la vie des communautés chrétiennes et sur la nécessité d’apprendre à construire des relations fondées sur la sincérité et la fraternité. Dans un monde où prévalent souvent la méfiance, l’opposition et la solitude, Léon XIV a indiqué dans la foi une possibilité concrète de dépasser la peur de l’autre.

« Nous pouvons avoir des désirs communs, des douleurs communes, des espérances communes et, par la prière, grandir dans l’unité », a-t-il affirmé. Sans la foi, a-t-il observé, chacun risque au contraire de se sentir seul et de regarder les autres avec méfiance, jusqu’à les considérer comme des « étrangers et des ennemis ».

La foi, au contraire, permet de se reconnaître comme appartenant à une même famille. « Par grâce, nous sommes au contraire des frères et des sœurs qui peuvent vivre en harmonie : en se rencontrant, en se pardonnant et en s’écoutant dans le Seigneur ».

C’est l’image de l’Église comme un lieu où les différences ne doivent pas nécessairement se transformer en divisions. L’unité ne signifie pas effacer les conflits ou les fragilités, mais apprendre à les affronter à travers l’écoute, le pardon et la recherche de ce qui peut être partagé.

Parmi les indications données par Jésus, le Pape en a souligné une particulièrement significative : se mettre d’accord. Non seulement lorsqu’il existe un conflit à résoudre, mais aussi lorsque l’on désire quelque chose ensemble et que l’on confie cette demande à Dieu dans la prière.

« Une manière d’aimer fraternellement qui, pour Jésus, transforme même la prière : se mettre d’accord », a expliqué Léon XIV. « Pas seulement lorsqu’il y a un conflit, mais pour demander à Dieu quelque don ».

La référence est aux paroles de l’Évangile selon Matthieu : « Si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, mon Père qui est aux cieux le leur accordera ».

Pour Léon XIV, prier ensemble signifie donc aussi apprendre à reconnaître que nous ne sommes pas seuls. Les désirs peuvent devenir communs, tout comme les souffrances et les espérances. Et c’est précisément cette expérience partagée qui peut devenir le point de départ pour reconstruire les liens brisés.

L’Angélus du Pape prend ainsi une signification qui dépasse la dimension strictement religieuse. Dans une société traversée par les divisions et les affrontements, l’invitation à se rencontrer, à se pardonner et à s’écouter constitue une proposition concrète de coexistence. La fraternité, dans les paroles de Léon XIV, n’est pas un sentiment abstrait, mais un chemin qui exige responsabilité et capacité à reconnaître dans l’autre non pas un adversaire, mais un frère.

La « dette de l’amour » devient alors une mission pour chaque chrétien : rendre le bien reçu par des gestes de soin, d’attention, de pardon et de solidarité. Une dette qui, précisément parce qu’elle ne peut être entièrement acquittée une fois pour toutes, peut devenir une force capable de nourrir chaque jour la communion.

 

Letizia Lucarelli