Léon XIV : “Assez de guerre”. Depuis Saint-Pierre, un appel mondial contre le “délire d’omnipotence” (Chiara Lonardo)

Dans une basilique Saint-Pierre recueillie et traversée par un silence chargé d’attente, le Pape Léon XIV a confié à la prière du Rosaire pour la paix des mots qui résonnent comme un acte d’accusation contre le présent et, en même temps, comme un appel urgent à la responsabilité collective. Le contexte est celui de la nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui connaît une trêve fragile et partielle, après les menaces de Trump à l’encontre de l’Iran de détruire à jamais la civilisation perse millénaire. Ce ne fut pas un discours rituel, mas une réflexion dure, rythmée par des images fortes et des interpellations directes : “assez de guerre”.

Le cœur du message est une invitation à “affronter ensemble, en tant qu’humanité et avec humanité, cette heure dramatique de l’histoire”. Une phrase qui résume le sens d’une époque marquée par des conflits diffus et un climat international de plus en plus instable.

“Il suffit d’un peu de foi, d’une miette de foi, très chers – a dit le Pape – pour affronter ensemble, en tant qu’humanité et avec humanité, cette heure dramatique de l’histoire”. Ce n’est pas une fuite dans la spiritualité, mais un rappel concret : la prière, a-t-il insisté, “n’est pas un refuge pour nous soustraire à nos responsabilités”, ni un “anesthésique pour éviter la douleur”.

“Assez d’idolâtrie, assez de guerre”

Le passage le plus tranchant est intervenu lorsque le Pontife a brisé toute ambiguïté : “Assez de l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez de l’exhibition de la force ! Assez de guerre !”

Des mots qui identifient les racines profondes des conflits : pas seulement des intérêts géopolitiques, mais une véritable dérive culturelle. “Celui qui a tourné le dos au Dieu vivant – a-t-il expliqué – fait de lui-même et de son propre pouvoir une idole muette, aveugle et sourde, à laquelle il sacrifie toute valeur”.

C’est là qu’émerge l’un des concepts les plus forts du discours : le risque d’un “délire d’omnipotence de plus en plus agressif”, capable de déstabiliser les équilibres de toute la famille humaine. Un délire qui transforme le monde en un lieu d’ennemis, où “partout on ressent des menaces, au lieu d’appels à l’écoute et à la rencontre”.

“Écoutons la voix des enfants”

Parmi les passages les plus touchants, la référence aux victimes les plus innocentes des conflits.

“Je reçois tant de lettres d’enfants des zones de conflit”, a raconté le Pape. Et dans ces mots simples émerge une vérité brutale : “on perçoit, avec la vérité de l’innocence, toute l’horreur et l’inhumanité d’actions dont certains adultes se vantent avec orgueil”.

Une accusation indirecte mais puissante. D’un côté, la logique des adultes qui justifient la violence ; de l’autre, le regard des enfants qui en révèle toute l’absurdité. “Écoutons la voix des enfants !”, a-t-il exhorté.

“Asseyez-vous aux tables du dialogue, pas à celles du réarmement”

Le message se fait explicitement politique lorsque le Pape s’adresse aux gouvernants : “Arrêtez-vous ! C’est le temps de la paix !” Et encore : “Asseyez-vous aux tables du dialogue et de la médiation, pas aux tables où l’on planifie le réarmement et où l’on délibère des actions de mort !”

C’est une ligne claire qui revendique la centralité de la diplomatie et dénonce la dérive vers le réarmement mondial. La paix, insiste-t-il, ne naît pas de la force mais de la capacité à se rencontrer, à négocier, à se reconnaître.

“La vraie force est de servir la vita”

Dans le discours revient plusieurs fois le thème de la force, complètement renversé par rapport à la logique dominante. “La vraie force se manifeste dans le service à la vie”, affirme le Pontife, en l’opposant à “l’exhibition de la force” qui caractérise le monde contemporain. Un appel qui s’inscrit dans la tradition des papes, de Paul VI à Jean-Paul II, dont l’appel “plus jamais la guerre” est explicitement repris comme un avertissement encore actuel.

Un appel qui concerne tout le monde

Mais le Pape ne s’adresse pas seulement aux puissants. La responsabilité, souligne-t-il, est aussi collective :

“Il y a une responsabilité non moins grande de nous tous, hommes et femmes de tant de pays différents : une immense multitude qui répudie la guerre, par les faits, pas seulement par les mots.”

La prière devient ainsi engagement: “convertissons ce qui reste de violent dans nos cœurs et nos esprits”, en construisant la paix “jour après jour, dans les maisons, les écoles, les quartiers”.

“Nous sommes une seule famille”

Le discours se termine par une vision qui dépasse les frontières et les appartenances : “Nous sommes une seule famille qui pleure, qui espère et qui se relève.” Et avec le rappel final : “Plus jamais la guerre, aventure sans retour, plus jamais la guerre, spirale de deuils et de violence.”

Un message qui ne se limite pas à la dénonciation, mais indique un chemin : retrouver l’humanité perdue, briser la spirale de la violence et choisir, encore une fois, la paix.

Et aujourd’hui, le Pape est revenu invoquer la paix à l’occasion du Regina Caeli sur la place Saint-Pierre.

Le monde a besoin de paix, les chrétiens doivent prier et agir. Les appels du Pape Léon pour le Liban, l’Ukraine et le Soudan. Demain, il part pour l’Afrique, terre de martyrs.

Dans un monde “qui a tant besoin de paix”, le Pape Léon XIV exhorte les fidèles à prier et agir en devenant des “témoins de charité et des porteurs de réconciliation”. Et il confie cet engagement à la Vierge Marie, “bienheureuse parce qu’elle a cru sans voir”. L’invitation du Pape – dans la brève catéchèse qui a précédé le Regina Caeli – est de redécouvrir la centralité de la communauté et de la foi partagée, en partant de l’épisode évangélique de Thomas : “Mon Seigneur et mon Dieu !”, la profession qui naît de l’encontre du disciple incrédule avec le Ressuscité dans la communauté réunie. Une expérience que nous pouvons faire nous aussi aujourd’hui : “Où le trouver ? Comment le reconnaître ?”, se demande le Pape Prevost, en indiquant la réponse dans la vie ecclésiale et dans l’Eucharistie dominicale.

L’appel pour le Liban

“Que l’attention de la communauté internationale ne faiblisse pas face au drame de cette guerre, également envers le cher peuple libanais”, a demandé Léon XIV après la prière du Regina Caeli en assurant être “plus que jamais proche en ces jours de douleur, de peur et d’invincible espérance” du Pays des Cèdres, autrefois laboratoire de coexistence entre différentes fois.

“Le principe d’humanité, inscrit dans la conscience de chaque personne et reconnu par les lois internationales, comporte l’obligation morale – a scandé Prevost – de protéger la population civile des effets atroces de la guerre.” “J’appelle les parties en conflit – a continué le Pontife – à cesser le feu et à rechercher de toute urgence une solution pacifique.”

L’appel pour l’Ukraine et les vœux de Pâques aux Orthodoxes

“Chers frères et sœurs, aujourd’hui de nombreuses églises orientales célèbrent Pâques selon le calendrier julien. À toutes ces communautés, j’adresse mes plus cordiaux vœux de paix en communion de foi. Dans le Seigneur ressuscité, je les accompagne d’une prière plus intense pour ceux qui souffrent à cause de la guerre, en particulier pour le cher peuple ukrainien”, a encore dit Léon XIV au terme de la prière mariale du Regina Caeli qui, au temps de Pâques, remplace l’Angélus. “Que la lumière du Christ apporte le réconfort aux cœurs affligés et les fortifie.”

L’appel pour le Soudan déchiré par trois ans de guerre

“Mercredi prochain marquera les trois ans du début du sanglant conflit au Soudan : combien souffre le peuple soudanais, victime innocente de ce drame inhumain !”, a crié enfin Léon XIV. “Je renouvelle – a-t-il ajouté – mon appel pressant aux parties belligérantes pour qu’elles fassent taire les armes et entament sans conditions préalables un dialogue sincère visant à arrêter au plus vite questa guerre fratricide.”

Demain, le Pape partira pour l’Afrique, terre de martyrs. Le sacrifice d’Abitène

“Demain, je partirai pour un voyage apostolique de 10 jours dans quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Je vous demande s’il vous plaît de m’accompagner de vos prières”, a également dit le Pape Prevost dans les salutations après le Regina Caeli, lorsqu’il ha aussi rappelé ce Dimanche de la Miséricorde Divine (institué par Saint Jean-Paul II) et salué les fidèles qui ont participé ce matin alla célébration de l’anniversaire au Sanctuaire de Santo Spirito in Sassia a pochi passi dal Vaticano.

“Demain, je partirai pour le voyage apostolique en Afrique, et justement certains martyrs de l’Église africaine des premiers siècles, les martyrs d’Abitène, nous ont laissé un magnifique témoignage”, les paroles prononcées dans la brève catéchèse qui a précédé le Regina Caeli lors du IIe dimanche de Pâques, fête de la Miséricorde Divine.

“Face à l’offre d’avoir la vie sauve à condition de renoncer à célébrer l’Eucharistie, ils – a rappelé Prevost en évoquant le martyre della comunità cristiana di Abitene consommé in 304 nell’attuale Tunisia – ont répondu ne pas pouvoir vivre sans célébrer le jour du Seigneur. C’est là que se nourrit et grandit notre foi. C’est là que nos efforts, bien que limités, par la grâce de Dieu se fondent comme des actions des membres d’un seul corps, le Corps du Christ, nella realizzazione di un unico grande progetto di salvazione che abbraccia tutto il genere umano”.

“C’est à travers l’Eucharistie que nos mains deviennent aussi – a expliqué le Pape – les ‘mains du Ressuscité’, témoins de sa présence, de sa miséricorde, de sa paix, dans les signes du travail, des sacrifices, de la maladie, du passage des années, qui y sono spesso scolpiti, come nella tenerezza di una carezza, di una stretta, di un gesto di carità”.

Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre

Lors du Regina Caeli du deuxième dimanche de Pâques, dédié à la Miséricorde Divine, le Pape Léon XIV a rappelé avec force la valeur centrale de la rencontre dominicale avec le Ressuscité, évoquant le témoignage des martyrs d’Abitène, tués en 304 nell’attuale Tunisia per non aver rinunciato a celebrare l’Eucaristia.

“L’Eucharistie dominicale est indispensable pour la vie chrétienne” et “sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre”, a scandé le Pontife en soulignant che “non è sempre facile credere”, ma la fede “ha bisogno di essere nutrita e sostenuta”, indicando nella Messa dominicale il luogo in cui i cristiani “ascoltano le parole di Gesù, pregano, professano la loro fede e condividono i doni di Dio nella carità”. D’où l’invitation à être “assidus et fidèles” au rendez-vous eucharistique, car c’est de lui che nasce la testimonianza nel mondo.

Léon XIV a donc lié le sens de la mission au témoignage des premiers chrétiens, en rappelant i martiri di Abitene che preferirono la morte piuttosto che rinunciare all’Eucaristia. “Face à l’offre d’avoir la vie sauve – ha ricordato il Pontefice – essi risposero di non poter vivere senza celebrare il giorno del Signore”. Un exemple qui, selon le Pape, illumine aussi le présent : “C’est là que si nutre e cresce la nostra fede”, ed è nell’Eucaristia che “i nostri sforzi, pur limitati, si fondono come azioni delle membra di un unico corpo”. Le voyage en Afrique s’inscrit ainsi dans un horizon de foi vécue et témoignée jusqu’aux conséquences extrêmes.

 

Chiara Lonardo