Un nouveau Patriarche chaldéen élu à Rome : Mgr Emil Shimoun Nona appelé à guider une Église en épreuve (Irina Smirnova)

Un nouveau Patriarche chaldéen élu à Rome : Mgr Emil Shimoun Nona appelé à guider une Église en épreuv

L’Église catholique chaldéenne entre dans une nouvelle étape de son histoire. Réunis à Rome, les évêques du synode chaldéen ont élu, le 12 avril 2026, un nouveau patriarche : Mgr Emil Shimoun Nona, jusqu’alors évêque des Chaldéens en Australie. Il a pris le nom de Paul Trois.

Il devient ainsi le nouveau Patriarche de Babylone des Chaldéens, succédant au cardinal Louis Raphaël Sako, dont la renonciation avait été acceptée quelques semaines plus tôt.

Un pasteur marqué par l’exil et la persécution

Né à Alqosh, dans le nord de l’Irak, Emil Shimoun Nona a grandi au cœur d’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Ordonné prêtre en 1991, il s’est rapidement distingué par son engagement pastoral et académique, poursuivant notamment des études de théologie à Rome.

Sa trajectoire est profondément liée aux drames récents du Moyen-Orient. Nommé archevêque de Mossoul en 2009, il a dû faire face à la montée des violences, jusqu’à l’invasion de la ville par le groupe État islamique en 2014, qui l’a contraint à l’exil avec sa communauté.

Cette expérience a marqué durablement son ministère, faisant de lui une voix forte pour les chrétiens persécutés et déplacés.

De l’Irak à l’Australie : un évêque de la diaspora

Depuis 2015, Mgr Nona exerçait son ministère en Australie, à la tête de l’éparchie chaldéenne de Sydney, couvrant l’ensemble de l’Océanie.

Dans ce contexte, il a accompagné une diaspora en pleine croissance, composée en grande partie de réfugiés ayant fui les conflits du Moyen-Orient. Son expérience pastorale entre Orient et Occident apparaît aujourd’hui comme un atout majeur pour diriger une Église profondément marquée par l’exil.

Une Église entre enracinement et dispersion

Le Patriarcat de Babylone des Chaldéens, basé historiquement à Bagdad, représente la principale Église catholique orientale d’Irak et l’une des plus anciennes traditions chrétiennes.

Aujourd’hui, cette Église fait face à des défis majeurs :la diminution drastique du nombre de fidèles en Irak; la dispersion des communautés à travers le monde; les conséquences durables des guerres et des persécutions.

Dans ce contexte, l’élection de Mgr Nona apparaît comme un choix à la fois symbolique et stratégique : celui d’un pasteur capable de relier les communautés restées au pays et celles de la diaspora.

Un pont entre mémoire et espérance

Le nouveau patriarche incarne une génération d’évêques ayant vécu directement les épreuves de la guerre, de l’exil et de la reconstruction. Son parcours témoigne d’une Église blessée mais toujours vivante.

Son élection intervient dans un monde marqué par de nouveaux conflits et des crises humanitaires persistantes. Elle rappelle aussi le rôle essentiel des Églises orientales dans le témoignage de la foi au cœur des zones de tension.

À Rome, lieu de communion avec l’Église universelle, cette désignation prend une dimension particulière : celle d’un appel à renforcer les liens entre les différentes traditions chrétiennes et à porter une parole de paix dans un contexte international fragile.

Un ministère sous le signe de la paix

Dans la continuité de ses prises de parole passées, Mgr Nona est attendu sur les grandes questions qui traversent aujourd’hui le Moyen-Orient : coexistence religieuse, reconstruction sociale, défense des minorités et dialogue interreligieux.

Son expérience personnelle des conflits et des déplacements forcés pourrait orienter son patriarcat vers une priorité claire : soutenir les populations éprouvées et maintenir vivante la présence chrétienne sur ses terres historiques.

L’élection de ce nouveau patriarche ouvre ainsi une page importante pour l’Église chaldéenne, entre fidélité à ses racines et adaptation aux réalités d’un monde en mutation.

 

 

Irina Smirnova