Léon XIV au Parlement espagnol : « Le réarmement n’est pas la sécurité, la paix naît de la justice et du dialogue » (Lucrezia Lucarelli)

Au cœur institutionnel de la démocratie espagnole, le pape Léon XIV a prononcé l’un des discours les plus importants de son voyage à Madrid devant les membres du Congrès des députés et du Sénat réunis au Palais des Cortès. C’est la première fois dans l’histoire qu’un Souverain Pontife intervient dans cet hémicycle, symbole de la construction politique et juridique du pays.

Son entrée a été saluée par une longue ovation et un climat de grande attention qui s’est progressivement transformé en une réflexion approfondie sur les grands défis internationaux : guerre, sécurité, migrations, technologie, liberté religieuse et cohésion sociale.

Le message central est apparu immédiatement avec clarté : « Il est préoccupant que, dans plusieurs régions du monde, et également en Europe, le réarmement soit à nouveau présenté comme une réponse presque inévitable à la fragilité du contexte international », a déclaré le Pape.

Pour Léon XIV, cette orientation risque d’alimenter un cercle vicieux qui ne conduit pas à davantage de sécurité mais à une nouvelle instabilité.

La véritable alternative, a-t-il expliqué, n’est pas militaire mais politique, éthique et juridique : « La véritable sécurité naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de placer la vie des peuples avant les intérêts de ceux qui tirent profit de la guerre. »

Le Pontife a réaffirmé un principe central de son enseignement : la guerre n’est jamais un instrument capable de résoudre durablement les conflits. « Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.»

Parmi les passages les plus marquants figure celui consacré à l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes militaires: « Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige une vigilance éthique rigoureuse afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais abandonnées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine. »

À la fin de son intervention, les parlementaires lui ont réservé une longue ovation debout accompagnée du cri spontané: « ¡Viva el Papa ! »

Au-delà des questions internationales, Léon XIV a abordé la dignité de la personne humaine à toutes les étapes de la vie, la centralité de la famille, la liberté de conscience et de religion ainsi que l’attention due aux plus fragiles.

Il a également évoqué le phénomène migratoire, soulignant qu’il ne peut être réduit à des chiffres ou à des catégories économiques, mais qu’il interpelle directement la conscience des nations.

Un passage particulièrement significatif a été consacré à la polarisation du débat public : « Le pluralisme politique ne devrait pas dégénérer en discrédit permanent de l’adversaire. »

Et il a ajouté une formule appelée à marquer les esprits : « Il est nécessaire de désarmer le langage. »

Le Pape a rappelé la valeur de la liberté religieuse comme fondement des sociétés démocratiques et a défendu le rôle de la foi dans l’espace public dans le respect de la laïcité des institutions.

Son discours s’est conclu par un appel à la responsabilité des institutions :

« Toute société véritablement juste repose sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. »

Lorsque Léon XIV a quitté l’hémicycle sous les applaudissements, l’impression dominante n’était pas seulement celle d’un événement protocolaire réussi, mais celle d’un dialogue entre deux visions du monde : l’une fondée sur la sécurité armée, l’autre sur la construction patiente de la paix.

Madrid n’a donc pas été seulement une étape du voyage apostolique, mais aussi un moment politique et symbolique visant à replacer la paix au centre du langage public européen, au cœur même de ses institutions démocratiques.

 

 

Lucrezia Lucarelli