Léon XIV rencontre des victimes d’abus à Madrid : une heure d’écoute et de dialogue pour une Église plus sûre (Letizia Lucarelli)

L’un des rendez-vous les plus significatifs et les plus délicats du voyage apostolique du pape Léon XIV en Espagne s’est déroulé loin des grands événements publics, des foules et des applaudissements qui ont accompagné les journées madrilènes du Pontife. Dans l’après-midi du 8 juin, à la Nonciature apostolique de Madrid, le Pape a rencontré six victimes d’abus commis par des membres du clergé et de l’Église en Espagne, accompagnées de personnels ecclésiaux engagés dans l’accueil et le soutien des personnes blessées par ces faits.

La rencontre, qui a duré près d’une heure, s’inscrit dans une ligne désormais consolidée du pontificat contemporain, qui considère le contact direct avec les victimes comme une étape indispensable du chemin de purification et de réforme de l’Église. Il ne s’agissait pas d’une simple audience privée, mais d’un moment d’écoute mutuelle au cours duquel les personnes concernées ont pu raconter leurs histoires, partager la douleur accumulée au fil des années et présenter au Pape certaines propositions concrètes pour rendre plus efficace la réponse ecclésiale face aux abus.

Selon le Saint-Siège, Léon XIV a écouté avec une grande attention et une profonde implication les témoignages reçus, assurant de sa proximité personnelle et de celle de toute la communauté ecclésiale. Le Pontife a également exprimé son intention de tirer profit des indications issues de l’échange, afin qu’elles contribuent à renforcer encore davantage les mesures de prévention, de protection et d’accompagnement des victimes.

L’objectif, a souligné le Pape, est que l’Église puisse être toujours davantage un lieu sûr, capable d’offrir protection, écoute et guérison à ceux qui ont subi des blessures profondes, souvent aggravées par des années de silence, d’incompréhension ou d’attention institutionnelle insuffisante.

La rencontre de Madrid renvoie inévitablement à une pratique inaugurée par les prédécesseurs de Léon XIV. C’est en effet le pape Benoît XVI qui a ouvert, lors de ses voyages apostoliques, la voie des rencontres personnelles avec les victimes d’abus. Un geste qui représentait alors une nouveauté absolue. En 2008, lors de son voyage aux États-Unis, Benoît XVI a rencontré des victimes à Washington, ouvrant une voie poursuivie ensuite en Australie, à Malte et au Royaume-Uni. Dans ces entretiens privés, le pontife allemand a reconnu ouvertement la gravité des souffrances subies et la nécessité d’une réponse plus ferme de l’Église.

Le pape François a ensuite élargi et consolidé cette démarche, faisant des rencontres avec les victimes une présence constante de ses voyages et de son action pastorale. Du Chili à l’Irlande, de la Belgique au Portugal, jusqu’aux rencontres organisées au Vatican avec des groupes de différents pays, le pontife argentin a insisté sur la nécessité de mettre au centre ceux qui ont souffert, en demandant pardon pour les erreurs commises et en promouvant une culture de prévention et de responsabilité.

En particulier, le voyage en Irlande en 2018, marqué par les blessures laissées par les scandales dans le pays, et la visite en Belgique en 2024, au cours de laquelle François a rencontré de nouvelles victimes d’abus, constituent des étapes emblématiques d’un processus qui a progressivement transformé la manière dont l’Église affronte cette réalité dramatique.

Léon XIV semble aujourd’hui vouloir poursuivre dans cette même voie. Dès les premiers mois de son pontificat, il a affirmé à plusieurs reprises que la protection des mineurs et des personnes vulnérables constitue une priorité non négociable pour l’Église. La rencontre de Madrid apparaît ainsi comme un signe concret de continuité avec le chemin engagé par ses prédécesseurs, mais aussi comme la confirmation de la volonté de renforcer encore l’écoute des victimes et leur participation à la définition des politiques de prévention.

Le choix de consacrer un moment spécifique du voyage en Espagne à cette rencontre revêt en outre une importance particulière dans le contexte de l’Église espagnole, qui a engagé ces dernières années un intense processus de réflexion et d’examen sur la question des abus, avec la participation des diocèses, des congrégations religieuses et des institutions civiles.

Loin des images solennelles de la messe du Corpus Christi célébrée devant plus d’un million de fidèles et des rencontres institutionnelles qui ont marqué la visite à Madrid, l’heure passée à la Nonciature pourrait s’avérer être l’un des moments les plus significatifs de tout le voyage. Un moment discret, sans exposition médiatique, mais profondément symbolique, dans lequel la voix des victimes a de nouveau été placée au centre de l’attention de l’Église.

Pour Léon XIV, comme pour Benoît XVI et François, la crédibilité de l’annonce évangélique passe aussi par la capacité d’écouter ceux qui ont souffert, de reconnaître les erreurs du passé et de construire des structures capables de garantir que de telles tragédies ne se reproduisent plus jamais.

 

 

Letizia Lucarelli