Au Centre Robert Schuman, le Pontife relance le dialogue entre les religions comme fondement de la paix : désarmer les cœurs, protéger la vie et transformer les frontières en lieux de rencontre
« Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression constitue une profanation de son nom ». Par cette affirmation, appelée à devenir l’un des passages les plus significatifs de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV a adressé aux différentes communautés religieuses un appel clair et universel : aucune guerre, aucun terrorisme, aucune oppression ne peut trouver une justification authentique dans la foi.
La rencontre s’est déroulée au Centre des Congrès Robert Schuman de Metz, ville symbole des frontières européennes et de la réconciliation entre les peuples. Devant les représentants des confessions chrétiennes, du judaïsme, de l’islam et d’autres traditions religieuses, le Pontife a proposé une conception du dialogue qui ne repose pas sur la simple tolérance, mais sur la conviction que l’autre est un frère à rencontrer et non un adversaire à craindre.
Les religions ne bénissent pas les armes
Le cœur du discours a été un refus sans équivoque de toute instrumentalisation du sacré. Pour Léon XIV, le nom de Dieu n’appartient ni aux puissants, ni aux armées, ni aux idéologies, mais il est source de miséricorde et de vie. C’est pourquoi tout langage religieux a le devoir de se purifier de la violence.
« Rien de ce qui porte atteinte à la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine », a affirmé le Pape, ajoutant que la première responsabilité des responsables religieux consiste à « désarmer les cœurs et les paroles » avant même les conflits.
C’est un message qui résonne avec une force particulière alors que le monde continue d’être traversé par des guerres, des persécutions et des tensions identitaires dans lesquelles la référence religieuse est souvent manipulée pour alimenter la haine.
Metz, une ville où les frontières deviennent des ponts
Ce n’est pas un hasard si cet appel a été lancé précisément à Metz. La ville de Lorraine, disputée au cours des siècles entre la France et l’Allemagne, représente aujourd’hui l’un des symboles de l’Europe réconciliée. C’est ici qu’est née l’expérience politique de Robert Schuman, le catholique qui, après deux guerres mondiales, imagina un continent fondé sur la coopération plutôt que sur la rivalité.
Léon XIV a rappelé Schuman comme « un ambassadeur de l’unité dans la diversité », capable de transformer les lignes de fracture en ponts d’espérance. De cette mémoire historique découle également une responsabilité pour les religions : démontrer qu’au-delà de toutes les frontières, il est possible de construire l’amitié et la paix.
Le dialogue comme identité, et non comme renoncement
Le Pontife a rejeté l’idée que dialoguer signifie relativiser sa propre foi. Au contraire, il a affirmé que l’identité religieuse se manifeste dans sa forme la plus authentique précisément lorsqu’elle s’ouvre à la rencontre.
Évoquant l’encyclique Fratelli tutti du pape François, Léon XIV a rappelé que le dialogue entre les religions n’est pas un exercice diplomatique, mais un chemin orienté vers l’amitié et la paix. Il a également évoqué saint Jean-Paul II, qui définissait le dialogue comme une exigence de la nature humaine elle-même, ainsi que le philosophe Paul Ricœur, selon lequel l’altérité n’est pas une menace mais une promesse.
Dans cette perspective, la diversité n’appauvrit pas les traditions spirituelles : elle les rend davantage capables de témoigner de la vérité à travers le respect réciproque.
Gardiens de la vie jusqu’à son terme
À côté de la paix, Léon XIV a indiqué une deuxième grande responsabilité commune aux religions : la défense de la vie à toutes ses étapes.
« La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses succès matériels, mais à la manière dont elle protège et élève la personne humaine », a-t-il affirmé. Les communautés de foi sont appelées à accompagner ceux qui souffrent, les personnes âgées, les malades, les personnes handicapées et tous ceux qui vivent la fragilité de l’existence, en offrant présence, soin et tendresse.
Cette référence renvoie également aux thèmes centraux de son encyclique Magnifica Humanitas, dans laquelle le Pape invite croyants et non-croyants à rechercher ensemble la vérité, la bonté et la beauté comme fondements d’une nouvelle culture de la fraternité.
Un message pour un monde blessé
Le discours de Metz s’inscrit de manière cohérente dans le magistère de Léon XIV, qui, depuis le début de son pontificat, a placé la paix au centre de sa mission. Après ses appels au désarmement nucléaire, à une réglementation éthique de l’intelligence artificielle et à la protection des migrants, le Pape aborde désormais l’une des racines les plus profondes des conflits contemporains : l’instrumentalisation du langage religieux.
Son propos n’est pas seulement une condamnation morale de la guerre, mais une invitation adressée à toutes les traditions spirituelles à retrouver leur vocation originelle. Si Dieu est le Père de l’humanité, aucun croyant ne peut transformer son nom en instrument de division.
En prenant congé des représentants religieux, Léon XIV a confié à chacun une mission concrète : être, dans leurs communautés et leurs villes, des « artisans de paix et témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde ». Une mission qui traverse les frontières, les cultures et les religions, en rappelant que la paix commence toujours dans le cœur de l’homme.
Letizia Lucarelli



