Dans la salle d’audience installée au Vatican, dans les espaces qui, immédiatement après le Concile, près de la Cour du Belvédère, étaient destinés au Synode des évêques, s’ouvre le procès en appel sur la soi-disant “affaire Sloane Avenue”, la cause judiciaire qui depuis 2020 a accablé un innocent : le cardinal Giovanni Angelo Becciu, marquant l’un des épisodes les plus tourmentés du pontificat du pape François et ouvrant une blessure dans la crédibilité même de la justice vaticane.
C’était le 24 septembre 2020 lorsque, soudainement et sans explications, Becciu fut contraint par le pape argentin, dont il avait été dès le début du Pontificat le premier et plus fidèle collaborateur, à présenter sa démission comme Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints (avec un acte juridiquement valide) et à renoncer aux droits liés au cardinalat (renonciation manifestement invalide car non libre et en l’absence d’un acte formel de destitution de la part de Bergoglio).
La décision fut présentée par les médias du Vatican comme nécessaire pour faire la lumière sur de prétendus scandales financiers, en particulier l’achat d’un immeuble à Londres par la Secrétairerie d’État. Mais déjà à l’époque, comme l’ont documenté à plusieurs reprises *FarodiRoma* et d’autres journaux et sites, il apparaissait évident que le cardinal était devenu le bouc émissaire d’une intrigue obscure.
Encore plus déconcertant a été le comportement du Tribunal du Vatican, présidé par Giuseppe Pignatone, aujourd’hui mis en examen en Sicile pour complicité avec la mafia. Pendant plus de sept mois, le procès n’est pas entré dans le fond car le promoteur de justice Alessandro Diddi (juriste souvent engagé dans la défense d’accusés de mafia, pour lesquels il a souvent obtenu la requalification des délits) ne remettait pas les actes complets à la défense, malgré les ordres du président lui-même. Puis, en se contredisant, le Tribunal a tout de même donné ouverture aux débats.
Au cours des audiences, de graves anomalies sont apparues. Le témoin clé, Mgr Alberto Perlasca, est apparu manipulé par Francesca Immacolata Chaouqui et par Genoveffa Ciferri, comme le montrent les chats occultés par l’accusation publique. Ces mêmes chats – 120 sur 126 gardés secrets – démontrent aujourd’hui que l’édifice accusatoire était construit de toutes pièces, et pourtant le Tribunal non seulement a annulé l’interrogatoire de Chaouqui prévu pour février 2023, mais a protégé ceux qui avaient orchestré toute l’affaire.
En dépit de l’absence de preuves concrètes, le 16 décembre 2023 Becciu a été condamné à 5 ans et 6 mois. « Je suis innocent, je ne suis pas corrompu », a-t-il réaffirmé avec force dans une lettre adressée à ses confrères cardinaux pendant la Semaine Sainte de 2024, dénonçant que le Vatican avait perdu une occasion historique de montrer au monde un procès juste et transparent.
Entre-temps, hors des salles d’audience, des scandales ont éclaté, jetant une ombre sur toute l’affaire. En particulier, la Haute Cour de Londres a démoli les théories accusatoires du Vatican ; et les enquêtes de la magistrature italienne ont ouvert des dossiers sur Chaouqui. Chats et enregistrements audio, rendus publics par plusieurs organes de presse, montrent même un rôle actif de la gendarmerie vaticane dans la rédaction du mémoire accusatoire de Perlasca.
Si tout cela se confirme, le “procès du siècle” risque de passer à l’histoire comme un complot retentissant, destiné à détruire l’honorabilité d’un homme innocent pour régler des comptes internes au Vatican. « Amor mi mosse, che mi fa parlare », écrivait un observateur qui a suivi l’affaire de près : il ne s’agit pas de défendre une personne, mais la vérité elle-même.
Aujourd’hui, il revient à la cour d’appel de rendre justice. Non seulement envers le cardinal Becciu, mais aussi pour restituer sa dignité à un système judiciaire vatican qui a perdu toute crédibilité. Comme l’a reconnu le pape François en mars 2023, « quand on perd la paix, on dérape et l’on commet des erreurs. Il faut savoir attendre ». Et cela vaut pour tous, y compris pour ceux qui guident l’Église.
L’espoir, désormais, est que le nouveau Pontife Léon XIV, canoniste expérimenté et sensible à la valeur de la justice, sache prendre les décisions nécessaires pour clore l’une des pages les plus sombres de l’histoire ecclésiale récente. On ne peut persévérer dans l’erreur : il est temps de reconnaître que Becciu a été victime d’un colossal mensonge, et de lui rendre enfin l’honorabilité qui lui revient.
Car la vérité, même lorsqu’elle fait mal, est le seul remède capable de sauver le corps ecclésial du poison du mensonge.
Salvatore Izzo




