Affaire Becciu, l’ordonnance trahie. La Défense : « dépôt incomplet ». Et, dénonçant une énième violation, relance le thème des garanties (S.C.)

Nouveau passage délicat dans la procédure impliquant le cardinal Giovanni Angelo Becciu. À l’expiration du délai fixé par la Cour d’Appel vaticane pour le dépôt intégral des actes d’enquête, la défense signale che l’ordre n’a pas été pleinement respecté par le Bureau du Promoteur de Justice.

Les avocats expriment leur « désarroi » et rappellent un principe cardinal de tout système garantiste : aucun élément ne peut être évalué par le juge s’il n’a pas été préalablement mis à la disposition de toutes les parties. Selon leur reconstruction, la présence de passages biffés (omissis) et la non-production de certains documents constitueraient une violation de l’ordonnance de la Cour, qui avait imposé un dépôt intégral, sans marge de sélection.

La question, toutefois, ne se limite pas à une remarque technique. Elle concerne directement le rôle et l’action du Bureau du Promoteur de Justice, dirigé par Alessandro Diddi, et pose des questions sur l’équilibre entre l’accusation et la défense dans le procès vatican. La défense conteste en particulier le fait que des filtres aient été appliqués sur la base de critères d’« non-pertinence », une faculté que la Cour avait explicitement exclue.

Un nœud vraiment pertinent : le principe du contradictoire ne représente pas un aspect formel, mais constitue la base même de la légitimité du procès. Sans une connaissance totale des actes, l’égalité entre les parties risque d’être compromise.

Parallèlement au profil des garanties, celui des délais émerge. Chaque contestation, chaque éventuelle exception de nullité et chaque dépôt jugé incomplet risquent de se traduire par un nouvel allongement de l’itinéraire judiciaire. Un élément loin d’être secondaire, étant donné que la durée du procès influe directement sur l’efficacité de l’action judiciaire et sur la position de l’accusé.

Pour le cardinal Giovanni Angelo Becciu, la conclusion du jugement d’appel représente une étape décisive : seule une décision définitive pourra clarifier de manière concluante les responsabilités et restaurer pleinement son honneur, même si le fait d’avoir établi qu’en appel l’instruction doit être refaite parce qu’elle était viciée constitue déjà, en soi, une absolution. Mais le sujet concerne aussi le système dans son ensemble.

La justice vaticane se trouve en effet devant une épreuve de crédibilité. Ce n’est pas seulement l’issue d’une seule procédure qui est en jeu, mais la capacité à garantir la cohérence, la transparence et le respect des règles établies. Chaque friction entre l’accusation et la défense, chaque incertitude dans l’application des ordonnances, chaque écart possible par rapport aux principes du contradictoire risque de se refléter sur la confiance globale dans le système.

C’est précisément le point le plus sensible : une justice perçue comme incertaine dans ses procédures finit inévitablement par affaiblir sa propre autorité. Au contraire, dans une affaire aussi exposée et symbolique, il apparaît de plus en plus urgent d’arriver à une conclusion claire, définitive et fondée sur des garanties pleinement respectées.

Le risque d’une justice qui s’éloigne de sa propre crédibilité

L’affaire judiciaire impliquant Giovanni Angelo Becciu s’enrichit donc d’un nouveau chapitre sombre qui risque de peser non pas tant sur le sort procédural de l’accusé — en effet, les juges d’appel ne semblent pas disposés à jouer un scénario écrit par d’autres — que sur la perception globale de la justice dans l’État de la Cité du Vatican.

À l’expiration du délai fixé par la Cour d’Appel pour le dépôt intégral des actes d’enquête, un principe fondamental de tout ordre garantiste est à nouveau violé : aucun juge ne peut évaluer des éléments qui n’ont pas été préalablement mis à la disposition de toutes les parties.

Le point n’est pas purement technique. La question touche directement le rôle du Bureau du Promoteur de Justice, dirigé par Alessandro Diddi, et son interprétation des limites de son propre action. Évidemment, le choix de maintenir des *omissis* et d’opérer une sélection des actes, également sur la base de critères d’« non-pertinence », contraste fortement avec ce qui a été établi par la Cour d’Appel, qui avait au contraire explicitement exclu toute marge discrétionnaire en ce sens.

Un problème sérieux se pose donc : non seulement de respect formel des ordonnances, mais d’équilibre entre l’accusation et la défense. Le principe du contradictoire n’est pas un détail de procédure, mais le fondement même de la légitimité d’un procès.

Un autre aspect émerge avec force : celui du temps. Chaque contestation, chaque possible exception de nullité, chaque dépôt incomplet risque de se traduire par un nouvel allongement du parcours procédural. Et c’est précisément là que se mesure la crédibilité d’un système judiciaire : dans sa capacité à parvenir à une décision dans des délais raisonnables, surtout lorsque la réputation d’une personnalité ayant occupé des fonctions de très haut niveau dans l’Église est en jeu.

En ce sens, la prolongation de la procédure risque de produire un effet paradoxal. D’un côté, on affirme l’exigence de rigueur et d’exhaustivité dans l’établissement des faits ; de l’autre, on alimente une spirale procédurale qui peut reporter indéfiniment le moment de la vérité judiciaire.

Pour Giovanni Angelo Becciu, comme pour tout accusé, la conclusion du jugement d’appel représente une étape essentielle : seule une décision définitive peut clarifier les responsabilités ou restaurer pleinement l’honneur.

Pour la justice vaticane, l’enjeu est encore plus vaste. Il ne concerne pas seulement un procès unique, mais la capacité à démontrer la cohérence, la transparence et le respect des règles qu’elle s’est elle-même données. Chaque incertitude procédurale, chaque friction entre l’accusation et la défense, chaque écart possible par rapport aux indications de la Cour risque de briser cette confiance qui est le véritable capital de tout système judiciaire.

C’est peut-être là le nœud le plus délicat : une justice qui semble incertaine dans ses règles finit inévitablement par affaiblir sa propre autorité. Alors qu’au contraire, dans une affaire aussi exposée et symbolique, il serait urgent d’arriver à une conclusion claire, définitive et – surtout – incontestable sur le plan des garanties.

 

Sante Cavalleri