Le Pape Léon XIV demeure « attristé par l’immense souffrance endurée par le peuple palestinien à Gaza ». Il l’a déclaré lors de l’Angélus qu’il a présidé à la fin de la messe pour le Jubilé du monde missionnaire et des migrants, sur une place Saint-Pierre comble de plus de 50 000 fidèles (dont plusieurs milliers sont restés sur la place Pie et la via della Conciliazione, arrivés après le début du rite).
« Ces dernières heures — a-t-il ajouté —, dans la situation dramatique du Moyen-Orient, des pas significatifs ont été accomplis dans les négociations de paix, que j’espère voir aboutir bientôt aux résultats espérés. Je demande à tous les responsables de s’engager sur cette voie, de cesser le feu et de libérer les otages, tout en exhortant à rester unis dans la prière, afin que les efforts en cours puissent mettre fin à la guerre et nous conduire vers une paix juste et durable. »
Cependant, le Pape Prevost voit aussi le risque d’un retour de l’antisémitisme comme réaction au génocide de Gaza (même si, prudemment, la diplomatie vaticane lui demande de ne pas employer cette expression, évoquée une seule fois par son prédécesseur François). « J’exprime ma préoccupation — a-t-il confié — face à la résurgence de la haine antisémite dans le monde, comme on l’a malheureusement vu avec l’attentat terroriste de Manchester survenu il y a quelques jours. »
Dans l’homélie de la messe présidée sur le parvis de Saint-Pierre, le Pontife hispano-américain a exhorté à « porter à tous la joie et la consolation de l’Évangile, surtout à ceux qui vivent une histoire difficile et blessée ». « Je pense en particulier à nos frères migrants, qui ont dû abandonner leur terre, souvent en laissant leurs proches, traversant les nuits de peur et de solitude, vivant dans leur propre chair la discrimination et la violence. » « Si, longtemps, nous avons associé la mission au départ vers des terres lointaines qui ne connaissaient pas l’Évangile ou vivaient dans la pauvreté, aujourd’hui — a-t-il observé — les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent désormais à nous. »
Léon a ensuite évoqué « l’histoire de tant de nos frères migrants, le drame de leur fuite de la violence, la souffrance qui les accompagne, la peur de ne pas y arriver, le risque de traversées périlleuses en mer, leur cri de douleur et de désespoir : frères et sœurs, ces embarcations qui espèrent apercevoir un port sûr où s’arrêter et ces yeux chargés d’angoisse et d’espérance qui cherchent une terre ferme où accoster, ne peuvent et ne doivent pas rencontrer la froideur de l’indifférence ni le stigmate de la discrimination ! »
« L’Esprit — a précisé le Pape — nous envoie poursuivre l’œuvre du Christ dans les périphéries du monde, parfois marquées par la guerre, l’injustice et la souffrance. » Mais, a-t-il admis, « face à ces sombres scénarios, ressurgit le cri qui, tant de fois dans l’histoire, s’est élevé vers Dieu : “Pourquoi, Seigneur, n’interviens-tu pas ? Pourquoi sembles-tu absent ?” »
Selon Léon, « ce cri de douleur est une forme de prière qui traverse toute l’Écriture ». Et, à ce propos, il a cité le prophète Habacuc : « Jusqu’à quand, Seigneur, appellerai-je à l’aide sans que tu écoutes ? Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité et restes-tu spectateur de l’oppression ? », rappelant que « le Pape Benoît XVI avait recueilli ces interrogations lors de sa visite historique à Auschwitz, et y était revenu dans une catéchèse, affirmant : “Dieu se tait, et ce silence déchire l’âme du priant, qui appelle sans cesse sans trouver de réponse. Dieu semble si lointain, si oublieux, si absent.” »
« La réponse du Seigneur — a commenté Léon XIV — nous ouvre à l’espérance. Si le prophète dénonce la force inéluctable du mal qui semble l’emporter, le Seigneur, pour sa part, lui annonce que tout cela aura une fin, une échéance, car le salut viendra et ne tardera pas. » En effet, comme le dit la Bible, « succombe celui qui n’a pas l’âme droite, tandis que le juste vivra par sa foi ». « Il y a donc une vie, une nouvelle possibilité de vie et de salut qui provient de la foi, car celle-ci ne nous aide pas seulement à résister au mal en persévérant dans le bien, mais transforme notre existence jusqu’à la rendre instrument du salut que Dieu veut encore aujourd’hui accomplir dans le monde. »
Prevost a poursuivi : « Comme nous le dit Jésus dans l’Évangile, il s’agit d’une force douce : la foi ne s’impose pas par les moyens du pouvoir ni de manière extraordinaire ; il suffit d’un grain de moutarde pour accomplir des choses inimaginables, car elle porte en elle la force de l’amour de Dieu qui ouvre des chemins de salut. Un salut — a-t-il conclu — qui se réalise lorsque nous nous engageons personnellement et que nous prenons soin, avec la compassion de l’Évangile, de la souffrance du prochain ; c’est un salut qui progresse, silencieux et apparemment inefficace, dans les gestes et les paroles du quotidien, qui deviennent comme la petite semence dont parle Jésus; c’est un salut qui grandit lentement lorsque nous nous faisons “serviteurs inutiles”, c’est-à-dire lorsque nous nous mettons au service de l’Évangile et des frères sans rechercher nos propres intérêts, mais seulement pour porter au monde l’amour du Seigneur. »
Sante Cavalleri




