Du cœur de l’Europe, le Pape défie la logique de la guerre : « Le droit international est piétiné, il faut mettre fin au commerce des armes » (Letizia Lucarelli e Chiara Lonardo)

Pope Leo XIV arrives at the 47th Meeting for Friendship Among Peoples in Rimini, Italy, Saturday, Aug. 22, 2026. (AP Photo/Andrew Medichini)

Du Mont Titano au Meeting de Rimini, Léon XIV confie à l’Europe une seule grande mission : reconstruire la paix par le droit, la diplomatie, l’accueil et une politique libérée des logiques de puissance.

Il ne s’agissait pas de deux discours distincts, mais de deux chapitres d’une même réflexion sur le destin de l’Europe et de l’ordre international. Lors de sa visite pastorale en République de Saint-Marin, puis au Meeting pour l’Amitié entre les peuples de Rimini, le pape Léon XIV a dessiné ce qui apparaît désormais comme le cœur de son magistère politique et international : une critique radicale de la culture de la guerre et un appel à refonder la coexistence entre les peuples sur la diplomatie, le droit et la dignité de la personne humaine.

Du cœur de la plus ancienne République d’Europe jusqu’à la grande assemblée du Meeting, le Souverain Pontife s’est adressé non seulement aux catholiques, mais aussi aux gouvernements, aux institutions internationales et aux citoyens d’un continent traversé par les conflits, les peurs et la montée des tentations nationalistes.n« Le droit international humanitaire est quotidiennement piétiné »

Le passage le plus fort a retenti dans la salle du Grand Conseil général du Palais public de Saint-Marin, où Léon XIV a dénoncé sans ambiguïté l’affaiblissement progressif des règles nées des tragédies du XXᵉ siècle. « Le droit international humanitaire apparaît chaque jour bafoué, voire carrément piétiné. »

Un constat qui renvoie inévitablement à Gaza, à l’Ukraine et aux autres théâtres de guerre, sans pour autant se transformer en accusation contre des États particuliers. Le Pape choisit une perspective plus profonde : il ne dénonce pas seulement les protagonistes des conflits, mais l’érosion de tout le système de règles communes destiné à protéger les civils et à limiter la violence.

Pour Léon XIV, le problème n’est pas uniquement juridique. Il est moral et culturel : lorsque le droit perd son autorité, c’est inévitablement la loi du plus fort qui l’emporte.

La diplomatie contre les logiques de puissance

Depuis Saint-Marin, le Pape livre également une défense explicite du multilatéralisme, souvent considéré aujourd’hui comme inefficace ou dépassé. Il rappelle que le Saint-Siège partage avec la République de Saint-Marin « l’estime pour la diplomatie et le multilatéralisme » comme instruments privilégiés pour favoriser l’entente entre les nations.

C’est une position à contre-courant, à une époque où de nombreuses puissances privilégient les rapports de force, les alliances fluctuantes et les intérêts stratégiques. Pour le Pontife, la réponse ne consiste pas à abandonner les institutions internationales, mais à les régénérer grâce à une diplomatie capable de dialoguer même avec les interlocuteurs les plus difficiles. « La paix se reconstruit par la diplomatie. »

Ce principe traverse toute cette journée et redonne sa place à des mots souvent jugés faibles — patience, dialogue, humilité, médiation — alors qu’ils demeurent les seuls capables d’interrompre la spirale de la violence.

Rimini : l’Europe ne doit pas devenir une forteresse

Si, à Saint-Marin, le Pape s’est adressé aux institutions, à Rimini il a parlé à la société civile. Au Meeting, son horizon s’élargit aux migrations, à l’économie et à la responsabilité politique de l’Europe. « Nous ne pouvons pas croire que notre sécurité se défende en construisant des murs contre ceux qui fuient la guerre, la faim et le désespoir. »

Pour Léon XIV, une politique d’accueil n’est pas l’opposé de la sécurité : elle en est le complément humain. L’Europe, affirme-t-il, doit choisir si elle veut être une maison ouverte ou une forteresse enfermée dans ses privilèges. « L’accueil doit devenir une responsabilité partagée. »

L’exemple évoqué quelques heures plus tôt dans la basilique de Saint-Marin — l’hospitalité offerte par la petite République aux réfugiés ukrainiens — devient ainsi un paradigme universel : la qualité d’une société se mesure à sa capacité de protéger ceux qui souffrent, et non à la rigidité de ses frontières.

La dénonciation du commerce des armes

Le cœur politique du discours de Rimini est une critique de l’économie de guerre. Léon XIV pose une question aussi simple que dérangeante : « Nous devons nous demander qui tire profit des guerres. »

Le Pontife dénonce la contradiction d’un monde qui multiplie les appels à la paix tout en augmentant constamment les investissements dans les armements. « Le commerce des armes ne peut devenir le critère qui oriente les choix des peuples. »

Et il ajoute une interrogation appelée à marquer le débat international : « Chaque arme produite et vendue porte en elle une question : contre qui sera-t-elle utilisée ? »

Il ne s’agit pas d’une condamnation abstraite de l’industrie de l’armement, mais d’une critique d’un modèle économique qui transforme la guerre en opportunité de profit et le réarmement en réponse automatique à chaque crise.

La peur, terrain fertile de la propagande

Dans les deux interventions émerge le même diagnostic : les guerres ne produisent pas seulement des destructions matérielles, elles nourrissent aussi la peur, le repli sur soi et la déshumanisation.

Le Pape décrit un monde où grandissent la méfiance, les nationalismes et les rhétoriques agressives. C’est précisément ce climat, souligne-t-il, qui rend possible l’indifférence envers les victimes et la banalisation progressive de la violence.

C’est pourquoi sa réponse n’est pas d’abord technique ou militaire, mais anthropologique : retrouver le souci de l’autre comme fondement de la politique. « La paix ne naît pas de la victoire de l’un sur l’autre, mais de la capacité à se rencontrer, à s’écouter et à reconnaître en l’autre un frère. »

Un appel aux jeunes et à la politique

Le dernier message est adressé aux nouvelles générations. Léon XIV demande aux jeunes de ne jamais accepter la guerre comme une fatalité et de ne pas se laisser convaincre que l’indifférence serait une forme de réalisme. « Ne laissez personne vous dire que la guerre est le seul chemin possible. »

Dans le même temps, il invite la politique à retrouver sa vocation première : non pas administrer des intérêts, mais construire le bien commun avec une vision à long terme, capable de préparer l’avenir.

Du Mont Titano à Rimini se dessine ainsi une vision cohérente de l’Europe : non pas une simple union économique ou militaire, mais une communauté fondée sur le droit international, la diplomatie, la solidarité et l’accueil. À une époque où le langage de la force semble dominer la scène mondiale, Léon XIV propose un contre-récit exigeant et prophétique : reconstruire la paix signifie redonner leur force aux règles, leur dignité aux personnes et leur crédibilité au dialogue entre les nations

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Letizia Lucarelli e Chiara Lonardo