« Personne n’est si pauvre qu’il n’ait quelque chose à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait quelque chose à recevoir ». C’est autour de cette conviction que le pape Léon XIV a commencé la deuxième journée de son voyage en France, en choisissant de rencontrer à Paris les personnes accueillies à la Maison Bakhita, un centre d’accompagnement, de formation et d’intégration sociale créé pour être aux côtés des migrants, des victimes de la traite, des personnes malades et des hommes et des femmes ayant connu la rue et l’exclusion. Un choix qui n’a rien de fortuit, car le Souverain Pontife a voulu être présent précisément là où la société risque le plus facilement de ne plus voir.
La Maison Bakhita, dans le XVIIIe arrondissement, est ainsi devenue une petite ville dans la ville, un espace où l’accueil n’est pas conçu comme une simple assistance, mais comme une possibilité concrète de recommencer. Le centre, créé en 2018 à l’initiative de la Conférence des évêques de France et officiellement inauguré en 2021, s’inspire de l’appel du pape François à accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ceux qui sont contraints de quitter leur terre. Léon XIV a fait sienne cette perspective, insistant sur la nécessité de construire une société dans laquelle personne ne soit considéré uniquement à travers sa situation de besoin.
Le Pape a découvert une réalité où l’intégration passe aussi par la créativité, le travail, l’art et la relation. Plus de 150 personnes sont accompagnées par la Maison, principalement des femmes victimes de la traite, au sein d’un réseau qui rassemble des associations et des œuvres caritatives. Les ateliers de peinture, de couture et d’autres activités deviennent des instruments permettant de retrouver des compétences, la confiance et la dignité, en transformant les blessures personnelles et sociales en occasions de renaissance. L’histoire de Maysam, un jeune Afghan passionné par les tissus qui a appris à une compatriote à coudre, raconte concrètement cette possibilité de retrouver une place dans le monde.
Mais à la Maison Bakhita, l’accueil commence encore avant les ateliers. Il commence par l’écoute. Sœur Maria dos Santos a expliqué le sens des « Café Bonjour », ces moments informels au cours desquels les habitants du quartier et les personnes accueillies par le centre peuvent se rencontrer autour d’un café, sans barrières ni préjugés. C’est une forme d’intégration réciproque, car ce ne sont pas seulement les migrants qui doivent entrer dans la société qui les accueille : la société elle-même est appelée à se laisser rencontrer et transformer par la présence de l’autre.
C’est dans cette expérience quotidienne que Léon XIV a identifié une réponse concrète à la solitude qui traverse les grandes villes. Le Pape a parlé des femmes comme de « constructrices de la civilisation de l’amour », reconnaissant leur rôle dans la construction de relations capables de réparer ce que la culture du déchet et l’individualisme tendent à diviser. Il ne s’agit donc pas d’une conception de la charité comme d’un geste occasionnel, mais d’une pratique quotidienne faite de proximité, de temps donné, d’amitié et de capacité à faire une place à l’autre.
« L’histoire n’est pas écrite par ceux qui gagnent ou qui s’imposent », a souligné Léon XIV, mais par ceux qui « lancent des processus de paix », qui suscitent la confiance, encouragent à vivre et font de la place. Un passage particulièrement significatif, car il déplace l’attention de la logique du pouvoir vers celle des processus : l’avenir n’appartient pas nécessairement à ceux qui disposent de la plus grande force, mais peut être construit par ceux qui parviennent à créer des liens, à réparer les fractures et à donner aux personnes la possibilité de redevenir actrices de leur propre existence.
La Maison Bakhita devient ainsi, dans l’itinéraire français de Léon XIV, un lieu emblématique. Après son passage à l’Unesco et sa rencontre avec les autorités, le Souverain Pontife a choisi de tourner son regard vers les périphéries humaines de la capitale française. Un choix cohérent avec le message déjà proposé au cours du voyage : la paix ne peut être séparée de la dignité de la personne, de l’éducation, de la culture et de la capacité à accueillir ceux qui risquent d’être laissés en marge. À l’Unesco également, le Pape avait désigné les migrants, les personnes âgées, les personnes handicapées et les victimes des guerres comme autant de personnes dont la dignité constitue une véritable épreuve pour les sociétés contemporaines.
Le nom même de la structure renvoie à sainte Joséphine Bakhita, femme africaine victime de l’esclavage puis religieuse, devenue le symbole d’une vie capable de traverser la souffrance sans rester prisonnière de celle-ci. Il est donc particulièrement significatif que ce soient principalement des femmes migrantes et victimes de la traite qui trouvent ici des outils pour retrouver leur autonomie et construire leur avenir. La Maison raconte, à travers des histoires personnelles très différentes, que l’intégration n’est pas un mot abstrait, mais un chemin fait de mains qui travaillent, de personnes qui apprennent, de relations qui naissent et de communautés qui s’ouvrent.
Le message de Léon XIV prend ainsi également une dimension civile : une ville n’est pas réellement inclusive lorsqu’elle se contente de tolérer ceux qui arrivent de loin, mais lorsqu’elle parvient à reconnaître leur contribution. « Personne n’est si pauvre qu’il n’ait quelque chose à donner » signifie en effet renverser une perspective : le migrant n’est pas seulement celui qui reçoit de l’aide, mais une personne porteuse de compétences, de culture, de sensibilité, de travail et de relations. Et, en même temps, personne, pas même celui qui pense tout posséder, ne peut se considérer comme suffisamment autosuffisant pour n’avoir plus rien à apprendre ou à recevoir des autres.
Depuis Paris, Léon XIV a donc relancé l’une des questions les plus concrètes de notre époque à travers un lieu simple, fait de rencontres et d’histoires personnelles. La Maison Bakhita montre que construire la paix signifie aussi créer des espaces dans lesquels les personnes puissent retrouver la confiance, se rencontrer et se sentir membres d’une communauté. C’est cette histoire que le Pape invite à écrire : non pas celle de l’affirmation du plus fort, mais celle de celui qui ouvre une porte, tend la main, écoute une personne blessée et commence, jour après jour, un processus de réconciliation et de fraternité.
Letizia Lucarelli
