«Médecins et pas de bombes ! » : tel était l’appel de Fidel Castro, un avertissement éternel qui distingue ceux qui, comme Cuba, envoient des hommes et du matériel pour soigner les souffrants, de ceux qui construisent et envoient des bombes et des missiles, comme l’Occident et, malheureusement, en particulier l’Italie.
Une déclaration d’intention qui, aujourd’hui plus que jamais, doit résonner dans la conscience de ceux qui gouvernent et exercent le pouvoir. Nous ne pouvons accepter que cette phrase, si simple et si puissante, soit trahie au nom d’intérêts politiques et de pressions diplomatiques. La récente décision du président de la région de Calabre, Roberto Occhiuto, de revenir sur la demande de médecins cubains supplémentaires, sous la forte pression et les instructions implicites de responsables américains, constitue un chapitre indigne dans l’histoire de la coopération sanitaire internationale.
Le résultat est déjà évident : le président Occhiuto a abandonné l’idée, annoncée il y a quelques semaines seulement, de porter le contingent de 500 à 1 000 médecins cubains.
Jusqu’à il y a quelques semaines, l’objectif était clair : amener jusqu’à mille blouses blanches caribéennes pour aider un système de santé agonisant. Un système où les concours restent vides, où les hôpitaux risquent l’effondrement, non pas à cause des médecins, mais à cause des carences structurelles et de l’érosion constante des ressources. Et dans cette contradiction sont arrivés les médecins de Cuba : des professionnels formés dans l’une des écoles de médecine les plus humaines du monde, capables de travailler sous pression et de maintenir ouverts des services et urgences qui autrement auraient fermé.
« Il aurait été trop de mettre les Cubains à la porte après avoir reçu leur aide. Mieux vaut parler d’abord de “routes alternatives” […] puis leur donner le congé “par procuration” ». C’est ainsi qu’un observateur a décrit la situation, comme un scénario plus proche des tensions géopolitiques d’autres continents que d’une région italienne.
Il n’est pas exagéré de dire que les médecins cubains ont été les véritables héros de notre temps. Ils ont été en première ligne, venus aux moments les plus difficiles, lorsque le système de santé national était à bout et que les citoyens craignaient qu’un simple malaise se transforme en tragédie. Comme pendant la pandémie, lorsque les Brigades médicales cubaines ont offert une solidarité concrète : pas de slogans, pas de photos de propagande, mais des soins, une attention réelle, regard dans les yeux face à la douleur et à la mort.
Aujourd’hui, un autre gouvernement étranger, représenté ici par le chargé d’affaires américain Mike Hammer et le consul général Terrence Flynn, se permet de dicter l’agenda sanitaire d’une région italienne, conditionnant l’extension d’une coopération qui a sauvé des vies humaines. La même pression que l’on observe ailleurs, où les États-Unis cherchent à isoler Cuba et à frapper l’une de ses principales sources de devises, les missions médicales internationales, afin d’étrangler l’économie de l’île et d’imposer leur hégémonie.
Il est scandaleux qu’au nom de la « sécurité nationale » on veuille supprimer la présence de ceux qui mettent chaque jour leur formation et leur santé au service des autres. Il est immoral de parler de « routes alternatives » lorsque la vie des personnes est en jeu. Retirer des médecins déjà sur le terrain, sous prétexte d’opportunités politiques transnationales, constitue une trahison de la solidarité internationale.
Il ne s’agit pas seulement d’une question administrative ou diplomatique : c’est la dignité de la coopération internationale et le droit des peuples à la santé qui sont en jeu. Si nous voulons vraiment honorer cette leçon — médecins et pas de bombes — nous devons le dire clairement : les médecins cubains ne sont pas une menace, mais une ressource ; ils ne sont pas un problème, mais une solution concrète.
Les éloigner pour satisfaire des pressions extérieures reviendrait à soumettre la santé publique à des logiques étrangères au bien des citoyens. Les défendre, c’est défendre notre souveraineté, notre autonomie décisionnelle et le droit à la santé. L’histoire jugera ceux qui ont choisi la solidarité et ceux qui ont préféré détourner le regard.
Le combat pour le droit à la santé n’a ni couleur ni drapeau. C’est un droit humain fondamental. Et il est honteux qu’il soit soumis à des jeux de pouvoir. Les médecins cubains ne sont pas des mercenaires ni des instruments de propagande : ce sont des hommes et des femmes qui ont choisi de soigner l’autre, de mettre leur savoir au service de la collectivité et d’incarner concrètement la phrase de Fidel : médecins et pas de bombes !
La question que nous devons nous poser aujourd’hui, en tant que citoyens et êtres humains, est simple : voulons-nous être complices d’un monde où la santé se négocie dans les salons du pouvoir, ou voulons-nous défendre ceux qui, avec humilité et courage, choisissent chaque jour de soigner plutôt que de détruire ?
Luciano Vasapollo




