À Alep, cœur vibrant d’une Syrie plurielle et meurtrie, les leaders religieux continuent de travailler avec détermination pour la paix, la réconciliation et la coexistence dans un contexte marqué par des années de conflit, d’instabilité et de souffrances. La ville, l’une des plus touchées par la guerre civile commencée en 2011, est également un lieu où différentes communautés religieuses – chrétiennes, musulmanes et autres – font face à la réalité quotidienne de la fragilité nationale et s’engagent ensemble à construire des espaces de dialogue, d’espoir et de solidarité.
Dans le cadre de cet engagement, un moment symbolique d’une grande valeur œcuménique et spirituelle a récemment eu lieu : devant l’hôtel principal de la cathédrale arménienne orthodoxe d’Alep, l’archevêque arménien orthodoxe de la ville s’est uni en prière à Mgr Giorgio Bertin, président de Caritas Moyen-Orient et Afrique du Nord, et à Emile Katti, médecin chef spécialisé en chirurgie et orthopédie. Ensemble, se tenant par la main, ils ont récité le Pater Noster, chacun dans sa propre langue, dans un geste d’unité que beaucoup ont qualifié de « bénédiction divine d’œcuménisme ».
Ce type d’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de responsabilité religieuse à travers la Syrie, et surtout à Alep, où évêques et patriarches de différentes confessions ne se contentent pas de prier pour la paix, mais demandent publiquement aux autorités et aux communautés locales de travailler ensemble pour construire un avenir commun. Le Patriarche d’Antioche et président du Conseil des Églises du Moyen-Orient a ainsi publié une déclaration conjointe invitant toutes les parties impliquées dans le conflit à mettre fin à la violence, à respecter la dignité humaine et à rechercher des solutions pacifiques qui préservent l’unité nationale et un avenir partagé pour toutes les communautés religieuses et civiles du pays.
La présence de représentants religieux de premier plan sur la scène syrienne n’est pas nouvelle, mais continue d’avoir un poids significatif. L’évêque Hanna Jallouf, vicaire apostolique d’Alep, est un point de référence pour les catholiques latins dans le pays et a souvent rappelé, y compris récemment, que la stabilisation politique nécessite du temps et un engagement sincère pour la réconciliation. De même, le métropolite gréco-orthodoxe d’Alep, Ephraim Maalouli, a souligné à plusieurs reprises la nécessité de protéger les communautés chrétiennes locales et de s’engager pour un futur de paix, en maintenant une présence stable et solidaire auprès des fidèles malgré les difficultés.
Au-delà de la prière et de la dénonciation de la violence, les initiatives des leaders religieux incluent aussi le dialogue public. À plusieurs occasions, les Églises d’Alep et du reste de la Syrie ont organisé des rencontres de dialogue avec des représentants civils et sociaux, comme le récent « Transitional Justice Meeting » organisé par l’Église orthodoxe syriaque, visant à discuter de la nécessité d’une « justice transitoire » et d’un contrat social capable de renforcer la confiance entre citoyens et institutions.
Le monde catholique et les organisations liées à l’Église, telles que Caritas Moyen-Orient, jouent également un rôle actif dans le soutien aux populations les plus vulnérables, la promotion d’initiatives humanitaires, la protection des minorités et la promotion de la coexistence en collaborant avec d’autres confessions.
Dans un pays marqué par les divisions et les souffrances, ces gestes d’œcuménisme, de prière et de dialogue public prennent un sens profond : ils ne sont pas de simples actes religieux, mais des affirmations radicales d’humanité et d’espoir. Ils rappellent que, même au milieu de la destruction et de la fragmentation sociale, la foi et l’engagement des communautés religieuses peuvent être des leviers essentiels pour construire des chemins de réconciliation, de respect mutuel et, espérons-le, un jour, une paix durable.
Irina Smirnova




